Rencontre avec Kendal : "Aujourd’hui, les algorithmes poussent les artistes à s’enfermer dans des formules"

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DJ et producteur toulousain, Kendal est le fondateur du célèbre label et des soirées Ritmo Fatale.

Né en ligne pendant les années Covid, le projet s’est d’abord fait connaître par l’Italo avant de s’ouvrir à la trance et à l’EBM. Il réunit aujourd’hui un public très fidèle, notamment à Paris où les soirées affichent régulièrement complet. C’est d’ailleurs le cas de notre événement au Trabendo ce vendredi 16 octobre, avec Lavion en live et Zaatar à ses côtés.  

Kendal revient sur sa volonté de ne pas s’enfermer dans des cases, l’identité visuelle forte du label et son travail de curation.

Tu as mis Toulouse sur la carte de la scène électronique française. Est-ce que la ville t’a façonné musicalement ? Puis Paris est devenu ton bastion, avec des sold-out à chaque soirée. Comment tu expliques cette fidélité du public parisien ?

Toulouse a toujours été sur la carte de la scène électronique française, mais pas assez mentionnée, je trouve. C’était important pour moi d’assumer que je venais d’ici. D’ailleurs, j’y vis toujours ! C’était l’endroit parfait pour façonner mon propre son, loin des trends des capitales.

Mon label Ritmo Fatale s’est d’abord fait connaître en ligne pendant deux ans durant le Covid donc la communauté s’est construite autour du son, et pas d’une fausse starification sur Instagram.

Photo : Raphael Chene

Aujourd’hui, Ritmo Fatale à Paris, niveau ambiance, c’est ultime ! Il y a presque un feeling de concert, les gens attendent les classiques du label qu’ils connaissent par cœur et ils sont vifs sur les unreleased. 

Une communauté, ça se construit avec patience, et la fidélité se gagne en mettant beaucoup d’amour dans ce qu’on fait. À chaque fois, ils me vienne me voir pour me dire tous les clubs où ils nous ont vus cette années. Je suis toujours agréablement surpris et reconnaissant d’enchaîner les sold-out, mais même quand on ne fait pas complet, c’est pas grave. Ce qui compte c’est de faire dans la commu ou de faire découvrir notre son. On a trouvé un bon rythme de 6-7 Ritmo par an, mais perso, je kifferais jouer tous les mois à Paris !

Tu navigues entre Italo-disco, trance et EBM, comment décris-tu ton univers artistique ? Comment fais-tu coexister ces styles ?

Ces trois styles, c’est vraiment ma Sainte Trinité ! Avec leurs sous-genres qui font le pont comme la progressive, la New Beat ou l’Eurodance. 

Pour moi, ces styles sont beaucoup plus proches qu’on ne le pense. L’Italo Disco, c’est les synthés 80s et le côté cheesy, l’EBM, c’est le côté martial, dystopique, à la fois minimaliste et maximaliste, et la trance, c’est les gros pads épiques et les arpèges. Finalement, la trance, c’est presque de l’Italo Disco avec 20 BPM de plus ! J’adore les longs sets, qui permettent de naviguer entre tous ces univers.

Aujourd’hui, les algorithmes poussent les artistes à s’enfermer dans des formules et à reproduire ce qui a déjà marché. Ritmo Fatale s’est d’abord fait connaître avec l’Italo, mais j’avais pas envie de sortir encore et toujours les mêmes tracks. Que je produise un morceau Italo à 126 BPM ou trance à 140, je veux que ça reste du Kendal. Pareil pour Ritmo Fatale. Et ça prend du temps à construire ! 

Photo : Raphael Chene

Aujourd’hui, je peux commencer un set Italo et le finir en trance sans que ça surprenne personne. Certains fans suivront, d’autres fuiront, de nouveaux nous rejoindront. Il ne faut surtout pas se freiner pour ça.

L’esthétique visuelle de ton label, Ritmo Fatale, est très forte et reconnaissable. C’est aussi important que la musique pour toi ?

Complètement ! J’ai grandi avec des labels comme Ed Banger, Turbo, Gigolo Records, Institubes ou Zone, à une époque sans réseaux sociaux où il fallait une DA forte pour construire un univers. Et c’est cet esprit que j’ai voulu garder avec Ritmo Fatale.

J’ai envie qu’en voyant la pochette, on fantasme déjà sur ce qu’on va écouter.

Visuellement, je suis obsédé par l’esthétique 80s/90s, le cinéma de SF, le cyberpunk, les néons, les vieilles machines avec leurs écrans et leurs gros boutons bien carrés… J’ai toujours voulu alterner les graphistes pour éviter qu’on s’habitue à voir les mêmes visuels et qu’on perde l’effet de surprise au bout de quelques releases.

Comment choisis-tu les artistes que tu signes ? Qu’est-ce qui fait qu’un·e artiste a « le truc » Ritmo Fatale ?

Tout le catalogue de Ritmo Fatale s’est construit au fil des démos reçues par mail ou en DM. La technique ou le statut de l’artiste je m’en fiche. Ce qui compte pour moi c’est l’émotion du track. Si je me mets à l’écouter en boucle dès la première écoute, je ne tergiverse pas longtemps !

Aujourd’hui on est submergés de nouveaux sons et le rôle d’un label est de curater vraiment plus que jamais. Il m’arrive de passer à côté de bangers très efficaces, simplement parce que j’ai l’impression de les avoir déjà entendus dix fois ailleurs, ou qu’ils ressemblent trop à ce qu’on a déjà sorti. Pour moi, l’originalité et l’authenticité restent essentielles.

Photo : Raphael Chene

Ce que je prefère c’est accompagner un artiste pour finaliser son morceau et pousser son idée jusqu’au bout. Je prends soin de chaque track comme si c’était ma propre release. J’adore aussi sortir des projets encore bruts ou les toutes premières releases. 

Zaatar m’avait envoyé ses premières démos par mail, et je suis tombé fan direct  d’un banger qui mélangeait EBM et influences orientales. C’est devenu sa signature sonore depuis. Pareil pour Lavion, qui vient du metal, s’est passionné pour les synthés, l’Italo et la New Beat, et a développé un son wavy. Karassimeon, Mouissie, Tawny, Cyda… je pourrais citer tout le catalogue !

Ces deux dernières années, j’ai surtout travaillé avec des artistes du label ou avec des projets que j’avais déjà identifiés. Mais je veux surtout pas m’enfermer dans le même cercle donc les DM du SoundCloud Ritmo Fatale sont  ouverts :) envoyez-nous vos démos !

‍Tu es sobre depuis plusieurs années. Est-ce que ça change ton rapport à la musique, à la scène, à la nuit ?

En février, ça fera cinq ans que je n’ai pas bu une goutte d’alcool ni pris aucune drogue.  Et c’est la meilleure décision de ma vie ! Ça a changé mon rapport à énormément de choses et ça a mis la musique encore plus au centre de ma vie.

On peut atteindre naturellement l’extase par la musique. Ce frisson quand tu joues le bon morceau au bon moment, que t’as une pure idée en studio ou que tu découvres un track qui t’obsède. Avec la sobriété, la musique est redevenue le climax de mes soirées, et pas simplement une partie de la fête.

Et pour vivre ces moments à fond, il faut être en forme? J’ai appris à mieux gérer mon sommeil, mon énergie sociale et mon temps en club. Mon entourage est aussi devenu beaucoup plus sain. Je ne me retrouve plus dans des loges pleines de drogues ou avec des squatteurs de backstage. Mes relations avec les autres artistes et les gens du milieu sont devenues beaucoup plus authentiques.

Photo : Raphael Chene

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Je pense que la drogue peut amplifier tes insécurités plutôt que les résoudre, et parfois t’enfermer dans une zone de confort. Depuis que je suis sobre, j’ai beaucoup moins peur de prendre des risques derrière les platines, de tenter des choses, de faire évoluer mon son. Artistiquement  ça m’a permis de progresser à fond. Et c’est pareil dans la vie.

Je suis aussi content de voir que la santé mentale des artistes est devenue un sujet de plus en plus important et que la sobriété prend davantage de place dans les discussions. 

Quels sont tes projets à venir ? 

J'ai un EP bien club en collab avec Andi qui arrive en novembre sur le label Belters4u. Avec Ritmo Fatale, on a le très attendu EP de Close Proximity à la fin du mois. On prépare aussi la tournée des 7 ans pour début 2027 avec le retour de nos compilations puis de mon EP solo.