
Le Louxor, cinéma emblématique situé au cœur de Barbès-Rochechouart, n’a pas toujours été dédié qu’au 7e art. À la fin des années 80, durant une très courte période, le cinéma à l’architecture égyptienne a abrité deux boîtes de nuit. D’un club antillais à une boîte gay tenue par un emblème de la nuit parisienne, retour sur cette période mouvementée du «Palais du Cinéma ».
La Dérobade : temple de la fête antillaise
Tout commence lorsqu’un certain Daniel Le Glaner, originaire de Bordeaux, se voit proposer la reprise du bail du Louxor. À cette époque, le « Palais du Cinéma » est en péril et voit ses murs convoités par la société Tati, qui avait déposé une demande de permis de construire pour transformer le bâtiment dans sa totalité. En raison de l’inscription du bâtiment à l’inventaire des monuments historiques, le permis lui est refusé, au profit de Daniel Le Glaner, qui signera un bail exclusivement destiné à l’exploitation d’une discothèque : la Dérobade est née.
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Après des travaux d’envergure, notamment pour l’insonorisation du lieu (pose de moquette sur les escaliers, doublage des murs…), la Dérobade ouvre enfin ses portes. Tous les soirs de la semaine et le dimanche après-midi, du dancefloor principal au rez-de-chaussée jusqu’au premier balcon, « l’espace VIP », la boîte antillaise ne désemplit pas. Le deuxième étage laisse place à un espace de restauration, tandis que les vestiaires se situent au sous-sol.
Côté musique, si le club privilégie les DJs sets pour des questions économiques, il lui est arrivé d’accueillir des concerts avec la venue d’artistes emblématiques de l’époque comme Kassav’, groupe antillais originaire de Martinique et de Guadeloupe, précurseur de la musique zouk et largement impliqué dans son rayonnement à l’international. « Notre clientèle aimait la présence de musiciens, plus vivants et chaleureux que la musique enregistrée», se souvient Le Glaner.

Malgré l’essor du club, les riverains du quartier ne tardent pas à exprimer leur mécontentement. Sous prétexte de nuisances sonores, une pétition est lancée pour retirer l’autorisation d’ouverture après 2 h. «En réalité, c’est la clientèle antillaise qui a été rejetée», affirme l’ancien patron du club. La Dérobade tire alors sa révérence, mais la fête dans le Louxor, elle, n’a pas dit son dernier mot.

De La Dérobade à Mégatown
Rapidement, Daniel Le Glaner est contacté par un policier de la « mondaine », qu’il connaît bien. Ce dernier lui propose de retrouver son autorisation d’ouverture de nuit à travers un marché : une boîte gay située dans le centre de Paris, tenue par David Girard, figure de la fête parisienne de l’époque et organisateur de la Gay Pride, suscite le mécontentement des riverains, qui souhaitent son départ. Les autorités sont toutefois favorables au déplacement de cette boîte gay vers le Louxor, à la place de La Dérobade.

Il lui est donc demandé de prendre contact avec ce dernier afin de trouver un accord qui servirait leurs intérêts respectifs.« David Girard et moi-même sommes parvenus à un accord. Je suis resté gestionnaire, responsable du lieu, et lui était responsable de l’animation, avec son équipe. Nous avons discuté de l’organisation, des décors, du nouveau nom. Il proposait Maxiville, ou en anglais Megatown. On a opté pour Megatown. »

À l’intérieur du club, peu de choses changent : les palmiers de La Dérobade laissent place à des salles de jeux au sous-sol et à un salon de coiffure. Le décor à dominante rouge et écossaise, lui, est conservé.
Le club connaît un succès immédiat, notamment grâce à la présence de David Girard, animateur hors pair. « La fête de l’inauguration de Megatown, qui a eu lieu justement à l’issue de la Gay Pride de 1987, a attiré 3800 personnes ! », se rappelle David Le Glaner. Comme pour La Dérobade, le club est ouvert tous les soirs, ainsi que le dimanche après-midi pour les « Gay Tea Dances ».

Parmi les soirées mythiques de Megatown, on se souvient surtout de celle organisée en liaison avec le Salon de l’agriculture, avec dancefloor recouvert de foin, animaux vivants et stands de charcuteries collés au bar… Une brillante et farfelue initiative lancée par le très créatif David Girard, témoignage éternel d’une époque de fête révolue.
C’est d’ailleurs le départ définitif de l’animateur star, adulé et respecté de tous, qui signera la fin de Megatown.« Les gens venaient pour lui et après son départ, la fréquentation est tombée très brutalement, dans des proportions telles qu’il était malheureusement impossible de continuer. Avec un loyer très élevé, la seule solution raisonnable était la clôture d’activité.»
Source : Les amis du Louxor, entretien avec Daniel Le Glaner



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