Interview avec Sam Quealy : "La pop devient plus aventureuse et la musique électronique plus émotionnelle"

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Chanteuse, performeuse, danseuse et productrice australienne basée à Paris, Sam Quealy s'est imposée comme l'une des figures les plus singulières de la scène électronique actuelle. Avec son deuxième album "JAWBREAKER" sorti en 2026, elle confirme un univers où technopop, chaos hyper-féminin et théâtralité débridée ne font qu'un. Rencontre avant sa date en open air ce vendredi 10 juillet sur une plage à Nice pour l'événement Hôtel Amour x Dure Vie

Tu te décris comme une “techno pop princess”. Comment décrirais tu ta vision artistique avec tes propres mots ?

Je pense que “techno pop princess” est une façon amusante d’ouvrir la porte, mais en réalité tout tourne autour de la création de mondes. Ma vision artistique est de construire un univers où la pop, ou plutôt l’idée de ce que devrait être une “pop star”, rencontre la musique électronique hardcore, où le glamour et le chaos peuvent exister en même temps. Je veux que les gens dansent, mais aussi qu’ils aient l’impression d’entrer dans une autre dimension.

Ton parcours en cabaret et en ballet est assez unique pour une artiste électronique. Comment cela influence t il tes performances, tes visuels et ta musique ?

C’est drôle parce que je n’y ai jamais vraiment réfléchi. Je me voyais toujours un peu comme dans Black Swan, en train de fumer des Vogue, de sécher les cours, d’aller en rave le week end, puis de revenir au ballet à neuf heures du matin le lundi.

La danse classique m’a donné de la discipline, et je l’applique à tout ce que je fais. Je suis un peu workaholic, peut être trop. Le cabaret m’a appris le théâtre et ce qu’on appelle le “dazzle dazzle”, donc mon travail est un mélange de ces deux mondes, la discipline et le spectacle.

La musique vient de façon assez instinctive, mais je pense toujours de manière visuelle. Mes concerts sont l’opposé de quelqu’un qui reste immobile à chanter. Je veux créer un univers entier. Chaque costume, chaque mouvement, chaque lumière fait partie de l’histoire.

Tu es australienne, basée à Paris. Comment tes origines et ta ville d’adoption ont elles influencé ton son et ton esthétique ?

L’Australie m’a donné une certaine intrépidité. Grandir si loin de l’industrie musicale traditionnelle te donne presque la permission de créer tes propres règles. Paris, en revanche, a vraiment affiné mon identité artistique. Il y a ici une histoire très riche de mode, de cinéma, de musique électronique et de performance. Vivre entre ces deux cultures m’a permis d’embrasser à la fois la liberté et la sophistication. Mon travail n’existerait probablement pas de la même manière sans ces deux lieux.

Ton album "JAWBREAKER" est sorti en 2026. En quoi est il différent de "Blonde Venus" ? Peux tu nous parler de ton processus créatif et de tes inspirations ?

Blonde Venus était une recherche autour de qui est Sam Quealy, et JAWBREAKER consiste à la laisser totalement prendre le contrôle. C’est plus fort, plus tranchant, plus confiant et plus direct émotionnellement. J’ai utilisé davantage d’instruments analogiques sur JAWBREAKER et travaillé avec une approche plus naturelle de ma voix. Je voulais que chaque morceau ressemble à une scène différente d’un même rêve fiévreux.

Tu parles de “chaos hyper féminin” dans ta musique. Qu’est ce que cela signifie concrètement ? Et penses tu que la musique électronique est assez féministe aujourd’hui ?

Le chaos hyper féminin, c’est prendre des choses que l’on considère souvent comme superficielles ou excessives, les perruques, le glamour, la sensualité, l’émotion, et les transformer en sources de pouvoir plutôt qu’en faiblesses. J’aime l’exagération. J’aime la contradiction. Mon travail ne cherche pas la perfection. Il cherche à être vivant, brut, désordonné et puissant.

En ce qui concerne la musique électronique, je pense que les choses s’améliorent clairement. Il y a de plus en plus d’artistes femmes, queer et non binaires incroyables qui façonnent la scène. Mais il reste du travail à faire, notamment en coulisses dans la production, la programmation des festivals et les postes de direction. La diversité ne devrait pas être une tendance. Elle devrait être la norme.

Tes lives sont très visuels. Comment construis tu une performance depuis le début ? Et penses tu que la scène électronique est assez ouverte à ce type d’approche théâtrale ?

Honnêtement, la création de mes lives est quelque chose de très organique pour moi. Je commence par le morceau, ce qu’il raconte, son personnage, sa direction artistique. Ensuite je construis une chorégraphie autour de cette énergie ou de ce personnage. Chorégraphier sur ma propre musique est assez naturel parce que je connais chaque détail du morceau, chaque couche, donc j’ai l’impression que la musique me guide.

C’est la même chose pour les costumes, les lumières et les écrans. Il s’agit de construire un univers qui donne des poumons au morceau et le fait vivre devant les yeux du public.

Quant à savoir si la scène électronique est ouverte à ce type d’énergie théâtrale et visuelle, je n’en suis pas certaine et je n’y pense pas trop. Je construis simplement le concert que j’ai toujours voulu voir. J’aime être divertie et j’aime offrir un vrai concert, quelque chose d’intense, d’excitant et d’immersif qui laisse une impression forte.

Comment vois tu l’évolution du “technopop” aujourd’hui ? Où se situe la frontière entre électronique et pop, et est ce que cette frontière a encore de l’importance pour toi ?

Je pense que ces frontières sont en train de disparaître, et c’est exactement comme ça que cela devrait être. La pop devient plus aventureuse, et la musique électronique plus émotionnelle. Les artistes que j’admire ne cherchent pas à rentrer dans une case, ils créent leur propre langage.

Les genres sont utiles pour les playlists, mais pas forcément pour créer de l’art.

ENGLISH VERSION

You call yourself a "techno pop princess". How would you describe your artistic vision in your own words?

I think "techno pop princess" is a fun way to open the door, but underneath it's really about building worlds. My artistic vision is to create a universe where pop music, or the idea of what a “pop star” is supposed to be, meets hard electronic music, where glamour and chaos can exist at the same time. I want people to dance, but I also want them to feel like they've stepped into another dimension.

Your background in cabaret and ballet is pretty unique for an electronic artist. How does that shape the way you perform, create your visuals, and make music?

It's funny because I've never really thought about it. I always saw myself as a bit of the Black Swan, smoking Vogue cigarettes, skipping class, going to raves on the weekend, then somehow making it back to ballet at 9 a.m. on Monday.

Classical ballet gave me discipline, and I carry that into everything I do. I'm a bit of a workaholic, maybe too much. Cabaret taught me theatrics and what we call "dazzle dazzle," so I think my work is still a mix of those two worlds, discipline and spectacle.

The music itself comes quite instinctively, but I'm always thinking visually. My concerts are the opposite of just standing there singing. I want to create a whole universe. Every costume, every movement, every light is part of the story.

You're Australian, based in Paris. How have your roots and your adopted city influenced your sound and aesthetic?

Australia gave me a certain fearlessness. Growing up so far away from the traditional music industry almost gives you permission to invent your own rules. Paris, on the other hand, has really sharpened my artistic identity. There's such a rich history of fashion, cinema, electronic music, and performance art here. Living between those two cultures has helped me embrace both freedom and sophistication. My work probably wouldn't exist in the same way without both places.

"JAWBREAKER" came out in 2026. What makes it a different beast from "Blonde Venus"? Walk us through your creative process and what was inspiring you at the time.

Blonde Venus was about discovering who Sam Quealy is, and JAWBREAKER is about letting her completely take over. It's louder, sharper, more confident, and more emotionally direct. I used more analog instruments in JAWBREAKER and worked with more of my natural vocal sound. I wanted every track to feel like a different scene in the same fever dream.

You talk about "hyper feminine chaos" in your music. What does that actually look like in practice? And do you think electronic music is doing enough when it comes to feminism?

Hyper feminine chaos is taking things that people often dismiss as superficial or excessive, wigs, glamour, sensuality, emotion, and treating them as sources of power rather than weakness. I love exaggeration. I love contradiction. My work isn't interested in being "perfect." It's interested in being alive, messy, raw, and powerful.

As for electronic music, I think things are definitely improving. There are more incredible women, queer artists, and non binary artists than ever shaping the scene. But there's still work to do, especially behind the scenes in production, festival programming, and industry leadership. Diversity shouldn't be treated as a trend. It should simply be the norm.

Your live shows are incredibly visual. How do you build a performance from scratch? And do you feel the electronic scene is open enough to that kind of theatrical, visual energy?

Honestly, creating my live show feels really organic to me. I guess first it all starts with the song, what it's saying, what's the character, the artistic direction. Then I create a choreography around that character or mood. Choreographing to my own music feels really easy because I know every single tiny detail in the track, each layer, so it feels like the music is literally telling me what to do in the choreography.

The same goes for costumes, lighting, and screens. It's about building a universe that makes the song have lungs and come to life right in front of your eyes.

As for whether the electronic scene is open to that kind of theatrical, visual energy, I'm honestly not sure, and I don't really focus too much on that. I'm just building the kind of concert I've always wanted to see. I love being entertained, and I love giving people a real concert, something intense, exciting, and immersive that leaves you inspired.

How do you see "technopop" evolving right now? Where do you think the line between electronic and pop sits today, and does that boundary even matter to you?

I think those boundaries are dissolving, which is exactly how it should be. Pop has become more adventurous, and electronic music has become more emotionally expressive. The artists I admire aren't worried about fitting into one category, they're building their own language.

Genres are useful for playlists, but not necessarily for making art.