Molekül : 10 ans de rave

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Il y a 10 ans, Gabriel, JKS, Airod, Mayeul fondaient le label Molekül, soucieux de chambouler la scène électronique de l’époque. Inspirés par la scène rave UK et leur labels pionniers tenus par des tontons de l’acid techno, ils deviennent rapidement un crew incontournable du paysage sonore parisien. 

Dix ans après, Molekül a évolué sans pour autant oublier ses racines bien ancrées:  rester fidèle aux valeurs de base, dénicher des nouvelles pépites, ne pas suivre les trends, trouver l’équilibre et rester focus sur la musique. C’est dans cela que réside la force de Molekül, qui, depuis le début, s’entour d’une sacrée communauté, public et artistes confondus.  

C’est avec son inébranlable esprit rave que Molekül soufflera sa 10ème bougie à La Machine avec le collectif SETH, rassemblant ainsi un line-up techno et exigent, à son image.

Tout commence à Saint-Denis en 2014. Étudiants au lycée Suger des métiers de l’image et du son,  Gabriel, Valentin (JKS) et Mayeul réalisent leur projet de fin d’études ensemble. Viendra ensuite la rencontre d’un certain Airod sur SoundCloud. En 2016, le quatuor est formé: il constitue le noyau dur du label Molekül. Ensemble, ils découvrent rapidement les soirées techno et les warehouses, avec notamment les fameuses Contrast et Fée Croquer, teufs légendaires aujourd’hui déchues. À cette période, le genre prédominant sur la scène est l’indus. 

S’ils en jouent à leurs débuts, les quatres amis  se passionnent rapidement pour une techno plus ancienne et plus rapide, tournée vers la scène UK : l’acid et la rave deviennent alors les mots d’ordre de Molekül. Le label londonien “Stay Up Forever”, fondé par les Liberator DJs, constitue l’une de leur plus grande source d’inspiration. La direction artistique du label s’impose ainsi naturellement, avec des premières sorties ultra acid, empreintes de l’énergie rave britannique des années 90. À l’ère de l’indus, un vent nouveau souffle sur la scène électronique française et dans ses warehouses.

La team Molekül défend rapidement une vision vinyle de leur musique, à une époque où celle-ci n’est plus trop d’actualité au sein de la nouvelle génération. Leur 10ème EP marque ainsi leur passage du digital au vinyle, avec un casting 5 étoiles comprenant les légendes de l’acid UK Chris Liberator et The Geezer.“On a été les premiers à Paris à presser des vinyles et à jouer de l’acid. On n’avait pas d’oseille, on a lâché toutes nos économies dans le premier disque. On avait fait une DA à l’ancienne, et les disquaires ont commencé à s’intéresser à nous.” se rappelle JKS. 

Mayeul et JKS posant avec leur Rendlesham EP

Une transition qui s’inscrit dans une approche plus globale de leur rapport à la musique : “On a découvert la techno comme ça. Quand on allait voir mixer les mecs qu'on kiffait, c'était toujours sur vinyles... Les releases qu'on kiffait le plus, c'était aussi sur vinyle. Arrêter le vinyle sur Molekül, c'est impensable.” affirme Gabriel, aujourd’hui boss à plein temps du label. Au-delà de l’objet, le vinyle incarne ce que Molekül défend : des références très old school, des visuels efficaces, des pochettes noires dont seul le macaron — une esthétique directement héritée des figures de la scène rave britannique des années 90. “Si tu t'intéresses à l'histoire de la techno et à ses pionniers, tu t'intéresses forcément au vinyle.”conclura Airod.

Lors d’une soirée, ils rencontrent Pavel K. Novalis et Incident Prism, qu’ils intègrent naturellement à Molekül :“On avait les mêmes réfs”, se souvient JKS. Avec eux, la période full acid évolue vers une approche plus large de la rave. Le label ouvre alors son identité en termes de styles, notamment à travers les EPs de Pavel K. Novalis et d’Incident Prism, qui se tournent vers des esthétiques trance, hard dance et hard house, tout en restant résolument techno — Molekül oblige.

Il y aura aussi l’arrivée du producteur Lucass P, ami d’enfance de Gabriel rencontré au skatepark qui finira par sortir un vinyle en solo sur Molekül en 2019. Il sera le lien avec l’une des autres influences UK du label, la hardgroove, largement diffusée par le précurseur anglais Mark Broom, qui bien avant la hype actuelle, démocratise ce style. Ce flair aiguisé, le label le doit beaucoup à Mayeul, que Gabriel décrit comme “le gros chineur de la team”. Dès le début, il participe de près à la direction artistique du label et repère énormément d'artistes qui feront par la suite des grosses sorties pour Molekül, comme BAUGRUPPE90 et Alarico, avant qu'ils explosent internationalement. 

Au fil des années, les 4 mousquetaires de Molekül prennent progressivement des chemins différents. Pas parce que ça ne va plus, mais parce que chacun, à part Gabriel, ont leurs carrière de DJs et de producteurs respectives JKS part s’installer à Berlin, tandis qu’AIROD s’envole pour la Croatie. Mayeul, lui, retourne vivre dans le sud de la France. Gabriel, lui, ne mixe pas. Il ne produit pas non plus. Homme de l’ombre, Gabriel reprend à lui seul les rênes de Molekül. Le précieux label devient son travail à plein temps. D’une discrétion assumée, Gabriel s’est toujours volontairement tenu à l’écart des projecteurs. C’est d’ailleurs ce qui cultive le mystère dont est entouré Molekül depuis sa création : personne n’a jamais vraiment su qui était le boss du label… Lors du shooting des 5 ans à La Dalle d’Olympiade, Gabriel aura davantage de mal à se prêter au jeu des photos que ses compères DJs. 

Shooting à La Dalle d'Olympiade pour les 5 ans de Molekül

Si Molekül garde sa place depuis aussi longtemps, à l’heure ou la techno se démocratise et ou les labels se multiplient, c’est grâce à sa régularité bluffante dans ses sorties et grâce à l'investissement total de Gabriel, qui depuis 10 ans tient rigoureusement la boutique. “Gabriel a cette mentalité de mec qui bosse et qui continue.” affirme JKS, dont les liens avec son ami restent très étroits, malgré la distance géographique. 

Rester fidèle aux valeurs de base, alterner entre artistes news comers et artistes connus, ne pas suivre les trends, trouver l’équilibre et rester focus sur la musique : c’est dans cela que réside la force de Molekül, qui, depuis 10 ans, s’est entouré d’une sacrée communauté. Les artistes suivent, le public aussi. Tout en gardant un pied dans la scène actuelle, grâce à la direction artistique ultra affûtée et nette de Gabriel, Molëkul garde son pattern et sa cohérence des débuts, loin d’une communication exubérante faite d'artifice. “Nos premières sorties, n’ont rien à voir avec nos sorties actuelles, mais j'ai toujours fait en sorte qu'on ait une cohérence, une vibe globale qui soit similaire. Quand on prend nos releases, il y a un fil conducteur.” 

Ce fil conducteur, Molekül le doit aussi beaucoup à son identité visuelle : “On essaye d’aller chercher la simplicité, mais pas la gratuité. Il y a une vraie réflexion derrière chaque visuel, on essaye d'être hyper impactant et efficace.” affirme PG, graphiste du label depuis plusieurs années. Fidèles à leurs inspirations old school, les vinyles de Molekül reprennent les codes des labels pionniers UK, notamment avec le parti pris de la pochette noire dont seul le macaron dépasse. Sur 10 ans, seuls quelques projets avaient dérogés à la régle notamment l’EP des 5 ans de Molekül et la skate tape, célèbre pour sa pochette rouge et son macaron reprenant les motifs d’une paire de TN. 

C’est donc tout naturellement que cet anniversaire des 10 ans se célèbrera avec un vinyle. Soucieux de ne pas tomber dans la nostalgie des débuts, et avec la volonté de mettre en avant les artistes d'aujourd'hui et de demain, Gabriel à savamment rassemblé 19 artistes autant habitués du label (JKS, KUSS, Sicion) que nouvelles et nouveaux venu.e.s. (MZA, Hemka, Fran LF) 

“Ce n’est pas un VA qui se tourne vers le passé, c'est vraiment une compile qui regarde vers l'avenir et qui met des sons et en avant des artistes qui vont dessiner Moleküle dans les prochaines années”

En bref, un projet à l’image du line-up de leur soirée d’anniversaire qui se tiendra ce samedi à La Machine et qui conjuguera le passé, le présent et le futur du label avec un line-up all stars construit avec le collectif SETH qui comprendra JKS, Sicion, Zisko, Hemka, Xea b2b MR.TN et un open platine Molekül & Friends.