
Depuis 10 ans, The Absolut Company Creation et Nuits sonores explorent ensemble les nouveaux territoires de la fête. Entre musique, art et innovation, cette collaboration a donné naissance à des expériences immersives qui ont accompagné les mutations de la culture club. Retour sur une décennie de co-création.
Que retenez-vous de 10 ans de collaboration entre vos deux entités ? Comment définiriez-vous votre exploration entre musique, art et technologie ?
Morgane (The Absolut Company Creation) : Je pense que ce qui nous rapproche depuis le début avec Nuits sonores, c’est surtout cette envie commune d’explorer de nouvelles formes de fête et de toujours questionner nos pratiques. Depuis 10 ans, ils ont vu évoluer tous les projets développés sur The Absolut Company Creation, mais la relation a toujours été bien plus loin qu’un simple partenariat, on co-construit tous nos projets. On est évidemment super fiers de collaborer avec eux.

Fanny & Pierre (Nuits sonores) : Complètement alignés avec cette réponse ! Dès le début de notre collaboration en 2016, il y a eu une grande place accordée au dialogue, à l’échange. Une vraie co-construction qui, au-delà de son côté stimulant, nous permet d’aller plus loin dans le niveau d’exigence qu’on peut avoir, tant dans l’expérience du clubbing que l’on propose au public que dans la définition des line-ups.
En 10 ans nous avons accueilli de magnifiques noms de nos scènes, des headliners comme des propositions artistiques plus pointues et très attendues de nos publics. Nous avons aussi pu programmer des dj sets comme des lives, ainsi que des b2b exclusifs : Apparat, Vrilski, Avalon Emerson, Octo Octa, François X, Or:la, Skee Mask b2b Mad Miran, Vel, Shanti Celeste, KiNK b2b Imogen, LSDXOXO, Jen Cardini b2b TSVI, etc. Que de beaux souvenirs construits en 10 ans !

Morgane (The Absolut Company Creation) : Chez nous, il y a toujours eu cette envie de faire dialoguer musique, art et technologie. On considère qu’ils se répondent mutuellement et se complètent pour créer des expériences vivantes et immersives.
Par exemple, notre dernier projet Symbioses développé avec 36 Degrés et Milkorva, est né de cette idée-là : créer une installation vivante où les artistes visuel.les jouent en live avec les DJs, mais aussi avec l’énergie du public et du lieu.
Quel événement vous a le plus marqué en 10 ans ?
Morgane (The Absolut Company Creation) : C’est une question compliquée car chaque date a été unique !
Au risque de ne pas faire très originale, je dirais que c’était la dernière car, à mon sens, la plus aboutie. C’était la troisième fois que nous avons joué avec Symbioses aux Nuits Sonores, pour autant nous avons réussi à créer du renouveau grâce au travail de 36 degrés, Milkorva et Sarv.

La scénographie a été totalement adaptée au lieu, le line up était 5*, on a reçu Satine pour une initiation au voguing, Jen Cardini & Tatiana Prieto pour le talk avec Rinse et le public a largement répondu présent sur les 12h de teufs. On pouvait pas rêver mieux pour clôturer la tournée ! J’ai le sentiment que c’est une date qui nous a aussi permis de renforcer nos ambitions communes et d’ancrer les valeurs qu’on souhaite défendre sur la suite du projet.
Comment les différents projets ont-ils évolué au fil des années ?
Morgane (The Absolut Company Creation) : L’approche de TACC a beaucoup évolué ces dernières années ! L’exploration s’est d’abord faite autour de la technologie et de l’avant-gardisme avec les premiers projets scénographiques : OX, Physis et BPM sur lesquels nous avons collaboré avec Tetro, le collectif Scale, Nextmind et Molécule.
Désormais elle se fait plus largement à travers celleux qui façonnent la culture club. On travaille toujours sur les aspects scénographiques, en y intégrant aussi une dimension interactive où le public devient acteur de l'œuvre visuelle.

En parallèle, les enjeux sociétaux ont beaucoup évolué ces dernières années, et la fête en est le reflet. C’était important pour nous de pouvoir donner la parole et la visibilité aux différent.es acteurices de la scène. C’est dans cette logique que nous avons lancé une série de talk sur “La fête de demain” avec Rinse où nous avons pu aborder de nombreux sujets.
On n’a pas la prétention d’avoir toutes les réponses, mais on essaye de créer des espaces d’échange et de réflexion avec les personnes concernées. Maintenant qu’on a clôturé Symbioses on se penche sur la suite du programme avec un nouveau projet assez différent qu’on espère sortir à la rentrée. Stay tuned !
Pour vous, la scénographie est-elle un axe fondamental de l’écoute et comment change-t-elle la perception du public ?
Morgane (The Absolut Company Creation) : La scénographie n’est jamais là par hasard. Elle raconte quelque chose et elle influence forcément la manière dont le public va vivre la musique et l’espace.
Elle peut créer de l’immersion, provoquer des émotions ou parfois même amener la performance dans une autre dimension. Quand tout est pensé ensemble : le son, la lumière, le visuel et le lieu ça peut vraiment transformer l’expérience.
Pour nous, ce qui est intéressant, c’est quand la scénographie vient naturellement répondre à l’expérience globale. On essaye d’enrichir ce que les artistes racontent et comment le public le ressent.

Fanny & Pierre (Nuits sonores) : Pour les équipes d’Arty Farty, la scénographie n'a jamais été un élément décoratif, complémentaire. Ce n’est pas la “cerise sur le gâteau”, c’est bel et bien un élément constitutif de l’expérience festive, un vecteur de perception puisqu’elle influence la manière dont le public découvre et écoute, se déplace et se mouvoit, interagit avec les autres.
Cela est d’autant plus vrai dans les dernières expériences que l’on a construit ensemble, à HEAT ou au Sucre, avec des scénographies véritablement immersives où le public passe du rôle de spectateur à celui d’acteur. Il est ainsi inclu dans l’œuvre et y participe pleinement, rendant l’expérience festive plus participative : c’est bien là ce qu’on cherche, remettre du collectif au cœur de nos soirées, de nos lieux.
Pensez-vous que la scénographie va prendre encore plus de place dans l’évolution des pratiques, ou au contraire arrive-t-on à une saturation ?
Morgane (The Absolut Company Creation) : Je pense que cela dépend vraiment des projets. Certains événements ont construit leur signature dans l'expérience scénographique qu’ils offrent au public. A l’inverse, d’autres misent sur des formes plus minimalistes et pérennes avec la volonté de recentrer l’attention sur la musique ou des productions plus durables.
Ce qui est aussi intéressant, c'est l’exploitation des systèmes son. Ils représentent à eux seuls une dimension scénographique en plus de leur rôle essentiel dans l’expérience musicale.
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Il ne faut pas oublier non plus que la scénographie représente des coûts importants pour les structures. Dans un contexte économique très fragilisé, pour beaucoup d’acteur·ices du secteur, ça oblige forcément à faire des choix et à repenser ses priorités. Je ne sais pas s’il existe vraiment une seule bonne façon de faire, ce qui compte, c’est aussi la cohérence entre un projet, les valeurs défendues et l’expérience recherchée.
Fanny & Pierre (Nuits sonores) : La scénographie va sans doute continuer à prendre de l’importance oui. Ce qu’on espère toutefois, c’est que cela prendra de la distance avec cette forme de surenchère spectaculaire permanente qu’on peut voir et qui emprunte beaucoup aux codes des réseaux sociaux. La valeur d’une scénographie ne se mesure plus seulement à sa taille ou à sa sophistication technologique, mais à sa capacité à créer du sens, à dialoguer avec la programmation artistique et avec les usages du public. C’est bel et bien la conscience de la mise en espace et sa narration qui deviennent plus que jamais centraux, et qui vont favoriser la création d’une expérience singulière, recherchée par les publics.







