
Qui l’eût cru : la musique électronique vibre même jusqu’à Tahiti, cette île principale de la Polynésie française. Grâce à de petits collectifs comme Ephémère Productions, les artistes locaux comme le public construisent depuis une quinzaine d’années une scène confidentielle et expérimentale. Focus sur son histoire.
À Tahiti, île principale de la Polynésie française, la musique est au cœur de la culture, longtemps transmise oralement à travers les hīmene (chants traditionnels a capella). Au 20è siècle, elle s’enrichit d’influences hawaïennes, américaines et françaises, avant que le reggae et la pop arrivent dans les années 80-90.
Vers 2010, avec la mondialisation et internet, la scène électronique émerge dans les lieux festifs et commence à être portée par des artistes locaux.
Partir de zéro : créer une scène nouvelle sans industrie
La scène électronique a dû se créer un nouveau lieu de prospérité au sein des îles polynésiennes. Sur le fenua (territoire), la musique électronique demeure encore marginale, sans clubs dédiés, sans réseaux structurés ni véritable industrie pour la soutenir. Faire venir des artistes internationaux coûte cher, de plus, l’absence d’infrastructures et de labels freinent le développement. Il faut alors partir de zéro et tout imaginer: les événements, la fidélisation du public, le choix des artistes. Ce manque constitue une opportunité pour les artistes et producteurs émergents.
Comment réussir à faire sa place et amener toute une scène à l’autre bout du monde?
Des collectifs indépendants portent la culture électro en Polynésie. Ephémère Production joue un rôle clé dans ce processus.
Réunis par leur passion pour la musique électronique, Lauro Nicolini et Vanaka Baker fondent Ephémère Production, à la fois collectif et boîte de production d’événements de musique électro. Leur projet s’inscrit au développement de cette scène locale, avec plusieurs objectifs : donner plus de visibilité à cette culture sur le territoire et mettre en lumière DJs et artistes locaux.
Lauro, DJ et gérant “Nous voulions créer un format qui n’existait pas vraiment sur l’île : des événements 100 % électro”

De la ville à la plage
Cela fait trois ans qu’Ephémère Production teste différents formats, explore des lieux et essaie de mieux comprendre le public pour réussir à implanter la musique éléctronique au même niveau que les autres styles musicaux. En puisant leur inspiration en Europe, les artistes polynésiens façonnent leur vision de la scène électro. Manea DJ, résume sa vision : « Je ressentais un vide en rentrant, d’où l’envie de partager cela avec les gens de chez nous. »
Thaiti electro fest
Un pas de plus vers la scène éléctronique pour l’île. Ephémère Production décide de voir plus grand et créer le Tahiti Electro Fest. Le collectif a organisé sa première édition en décembre dernier au Parc Vaira'i à Punaauia. Dans un format open air, le Tahiti Electro Fest a réuni 1500 personnes qui ont vibré sur les sets éléctro de 8 artistes émergents polynésiens. Le festival permet à un public moins familier d’accéder à la musique éléctronique.
Honu, DJ Tahitienne participe aussi à la culture de la scène éléctronique au fenua. Son initiative : les Pirogues électroniques, des évènements de format jour ou nuit, sur l’eau. Inspirée des soirées sur les péniches au bord du Rhone lorsqu’elle étudiait à Lyon. Elle a décidé dans faire tout autant...à Moorea. En polynesie française, l’environnement est l’une des choses les plus précieuses du fenua.
Honu s’en inspire même dans la musique, “J’ai déjà intégré le chant des baleines dans mes intros, […] chaque son du quotidien t’inspire”
Le mélange de ces de la cculture polynésienne et de la culture électronique a donné naissance au Ori Deck. Né de la musique éléctronique et du Moombahton (mélange de house et de reggaeton), l’Ori Deck se crée une vraie place à l‘international en tant que musique tahitienne.
Ce mélange de cultures permet une créativité sans précédent. Les artistes et acteurs de la scène électronique mettent tout en œuvre pour que cette scène continue de grandir et trouve une véritable place en Polynésie française.
Article rédigé par Lou Lepoutere






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