
Originaire de Lille et désormais une figure incontournable de la scène parisienne, Forest est cofondatrice du label Geosmine et résidente de HORS-SOL et de GIMIC Radio à Bruxelles.
Pour ce podcast, elle revient à une facette plus lente, plus profonde et psychédélique de sa sélection, autour de 122 BPM, entre progressive 90s/2000s, techno et breaks.
On l’imagine bien quelque part en forêt, au petit matin, quand les premiers rayons commencent à traverser les arbres. Ou à la fin de la nuit, quand tout ralentit enfin.
Comment abordes-tu tes podcasts ? Que représentent-ils pour toi ?
Pour moi, un podcast est avant tout une manière de raconter une histoire, mais aussi de faire un peu le point sur où j’en suis musicalement à un moment donné. C’est presque un autoportrait musical à un instant T : ce que j’écoute en ce moment, les morceaux qui m’obsèdent, les directions que j’ai envie d’explorer.
J’aime le fait que ce soit un espace assez libre, avec moins “d’enjeu” qu’en club. Quand je joue devant un public, je pense forcément aux attentes du dancefloor, à son énergie, à ce dont il a besoin à ce moment-là. Dans un podcast, je peux davantage suivre mon intuition, prendre des chemins un peu inattendus ou jouer des choses que je n’oserais peut-être pas toujours proposer ailleurs. C’est un vrai espace d’expérimentation.
Finalement, le podcast est à la fois une manière de partager ce que je suis musicalement aujourd’hui, un terrain d’expérimentation et un espace où je peux créer sans chercher à performer. Je trouve ça important de garder cette part de plaisir dans ma pratique : avant d’être quelque chose que je partage avec les autres, c’est aussi quelque chose que je fais simplement parce que j’aime écouter et découvrir de la musique.
Selon toi, quel est le meilleur moment pour écouter ton set ? Lorsque tu mixes, as-tu un créneau préféré ?
Pour ce mix, j’avais envie d’explorer une facette un peu plus lente et psychédélique de ma sélection, autour de 122 bpm, entre progressive 90s/2000s, techno et breaks. Pour le moment d’écoute, je ne lui associe pas forcément un créneau précis. Je pense que ça dépend des envies de chacun·e, et j’aime bien l’idée que chacun·e puisse se l’approprier comme il/elle/iel en a envie.
Quand je joue, je n’ai pas vraiment de créneau préféré. J’aime autant jouer en warm-up qu’en closing, et je prends autant de plaisir à jouer de l’ambient que des choses plus expérimentales ou plus club. En revanche, si je devais choisir un endroit plutôt qu’une heure, ce serait probablement dans une forêt, avec un bon sound system :-) <3
J’aime surtout adapter ma proposition à l’espace dans lequel je joue, et à tout ce qui l’accompagne : le décor, les lumières, la scénographie, le sound system, mais aussi le travail des équipes techniques. Tout ça influence forcément la manière dont la musique est reçue.
Un même set peut être vécu très différemment selon la crowd, la qualité du son, le lieu, les lumières ou l’énergie qui se crée dans l’espace. Tous ces éléments doivent fonctionner ensemble : c’est leur combinaison qui va déterminer comment un DJ set va réellement être vécu, autant par le public que par l’artiste. Même avec une intention précise, le résultat peut être différent. J’essaye de ne pas trop m’accrocher à mes attentes et de prendre ces différences comme une partie du jeu. C’est aussi ce qui fait qu’un set reste toujours lié à un contexte précis / qu’on ne peut jamais vraiment reproduire la même expérience.
Quels artistes et influences t’ont le plus marqués durant tes processus créatifs ?
J’ai été marquée par beaucoup de femmes dans mon parcours, et j’ai énormément appris en les écoutant. La première qui me vient en tête est Bambi, que j’admire énormément pour sa musique, mais encore plus pour la personne qu’elle est. Je pense que les deux sont assez indissociables : la richesse d’un·e artiste vient aussi de ce qu’il/elle/iel transmet en dehors de sa musique.
Sybil, Tsuniman, Vera plus récemment, ou encore Luisa sont aussi des artistes dont j’admire beaucoup le travail et qui m’inspirent.
Je suis également une grande fan d’artistes comme Aaron J, Marius Bø, Konduku ou Garçon.
Sinon, j’ai été énormément influencée par la progressive des années 90 et 2000, qui reste très présente dans ce que j’écoute aujourd’hui. Je suis également obsédée par la deep techno, et notamment par des producteurs comme Donato Dozzy, Marco Shuttle ou Mike Parker. Ce qui me plaît dans ces musiques, c’est leur capacité à prendre leur temps, à installer une atmosphère, à créer de la profondeur et à progressivement t’emmener ailleurs.
Si je devais choisir quelques mots-clés pour définir ce que j’aime dans la musique, je dirais : psychédélique, deep, atmosphérique et transcendant.
Y a-t-il un club ou une scène qui a façonné ton style musical ?
Je dirais d’abord HORS-SOL, qui a vraiment été important dans mon parcours. J’y ai beaucoup écouté, joué, rencontré des artistes, mais surtout, j’ai énormément appris des personnes qui font partie de ce collectif. Il y a eu beaucoup de discussions, de musique, de moments partagés qui m’ont fait évoluer, autant musicalement qu’humainement. J’ai une immense gratitude pour tout ce que cet environnement m’a apporté et pour les personnes que j’y ai rencontrées.
Plus largement, la scène parisienne a évidemment beaucoup compté dans mon parcours. C’est là que j’ai découvert énormément de musique et que j’ai petit à petit construit mon propre chemin. C’est aussi à Paris que j’ai rencontré arroyo et GAUSS, avec qui nous avons ensuite créé Geosmine. C’est assez précieux pour moi de pouvoir aujourd’hui continuer à partager autant de musique avec eux et de faire évoluer ce projet ensemble.
Bruxelles a aussi une place assez particulière dans mon cœur. J’y ai découvert beaucoup de musique, mais surtout une énergie et des personnes auxquelles je suis très attachée. Ma résidence sur GIMIC Radio m’a permis de créer un lien encore plus fort avec cette scène, que je continue de suivre de très près.
Et puis aujourd’hui, je suis de plus en plus curieuse de ce qui se passe ailleurs. Je suis notamment avec attention des collectifs comme Whomp ou Sub:System à Londres, Ratherlost à Amsterdam, mais aussi ce qui se passe à Tbilissi ou en Norvège avec Ute. J’aime beaucoup cette idée de rester en mouvement, d’aller voir ce qui se construit dans d’autres villes et de continuer à nourrir ma pratique à travers ces différentes scènes.
Y a-t-il un engagement personnel/valeurs qui influence ton travail d'artiste ?
Oui, je pense que l’éducation et la transmission influencent beaucoup ma manière de travailler et d’évoluer en tant qu’artiste. J’accorde beaucoup d’importance à la curiosité, à la tolérance, au fait d’apprendre des autres et de transmettre à mon tour ce que j’ai pu apprendre.
Il y a aussi une question qui me touche particulièrement : la confiance en soi, le sentiment de légitimité et la peur du regard des autres dans la scène pour les personnes FLINTA. C’est quelque chose auquel j’ai moi-même été confrontée, et que je continue parfois à questionner. Ça me donne d’autant plus envie d’encourager les femmes autour de moi, de leur dire que leur musique est incroyable, qu’elles ont leur place et qu’elles n’ont pas besoin d’attendre la validation de quelqu’un pour se sentir légitimes.
Plus largement, j’ai envie de contribuer à une culture où l’on se tire vers le haut, où l’on partage et où l’on peut apprendre les un·es des autres. Je trouve ça particulièrement important aujourd’hui, alors que beaucoup de nos repères sont remis en question, politiquement comme écologiquement. Ça me donne envie de croire à la force du collectif, de se soutenir, de réfléchir ensemble à la manière dont on veut faire évoluer nos pratiques et, finalement, à ce qu’on a envie de transmettre aux générations qui viennent.
Et pour terminer quel est ton label et ton plat préparé ?
Si je ne devais en choisir qu’un, ce serait Zero Tolerance Recordings. C’est un label de progressive australien mythique des années 90 / 2000, assez proche de tout ce que j’aime musicalement, et surtout l’un des premiers que j’ai découverts. Je l’écoute depuis des années sans vraiment m’en être lassée, ce qui est assez rare. Je crois que je pourrais en manger matin, midi et soir haha.
Et pour le plat :-’) je dirais une grande assiette colorée, avec plein de choses différentes, de saison, assez simples et bien choisies. Finalement, comme j’aime écouter de la musique : une sélection variée, quelques surprises, et surtout quelque chose d’instinctif <3
TRACKLIST :
Pre Phase - Depth Klang
Virunga (Jana Sel remix) - Kalawila
Point Of No Return (Gruener Starr's There Is Really No Return Edit) - Sash Li, Freddy Hetzinger
Arcaid - shjva
Sem Sono (feat. Black Snake 808) - RHR
Hollow Promise Highway One (Original-Mix) - Mark Martini
Railway - Vinyl Speed Adjust
Forbidden Planet - Psychoplasma
Bleeding moon - Matthias
Invocation (Aftermath's Convicted Remix) - Hefty, Dave Elysium
Psy Sights - Iro Aka
Lirium (Agaric Remix) - Dave Shonk & Holgi Star
Colony - Excuse One
South Of The Clouds Pt. 2 (Original Remastered Edit) - Aural Float
MDMA-Test (Album Edit) - Alegria
New Breed (Fabel Remix) - Beat Bizarre
Desajuste - Prozak
RE-ST "Endless Pulse" - maoumusica
dickler - lurifax
140 - lakovos
Incantation - Megalon
Mysterious Valley - Mind over MIDI
Something - Front Bench
Overline - Thom
Aquamarine - Sunkissed





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