
Photo à la une : Accalmie & Trust by © Ex Luisa
À Nantes, Macadam porte Accalmie, un format en mixité choisie destiné aux femmes et aux minorités de genre, avec un deuxième rendez-vous prévu dimanche 15 février prochain. Développé par SISMA, association d’action culturelle et de prévention adossée à Androgyne, le projet transforme le club en un espace où la fête, l’accueil des publics et la responsabilité du lieu se réinventent, face à des comportements problématiques récurrents observés sur le dancefloor.
SISMA, laboratoire de projets culturels et sociaux
Fondée en 2023, l’association SISMA s’inscrit dans le prolongement des projets Androgyne, Macadam et OHM Town. Elle a pour vocation de porter des actions culturelles et de prévention à partir des valeurs défendues par Macadam, en interrogeant la fête comme espace social et politique et en cherchant à diffuser ces réflexions au-delà des publics habituels du club.
Le premier projet développé par SISMA : Le Confessionnal de la Nuit, prend la forme d’un dispositif itinérant installé au cœur de différents événements festifs de la région. Pensé comme un temps de pause et de mise à distance, il propose aux participant·es un espace d’écoute et d’introspection autour de leurs pratiques festives. Cette saison, SISMA développe deux projets destinés aux femmes et aux minorités de genre : TRUST et Accalmie.
Co-fondé avec l’association nantaise Les Catherinettes et en lien avec Consentis et Trempo, TRUST répond à un constat : si des cercles de parole existent pour les femmes artistes, ils restent rares pour les techniciennes et professionnelles des fonctions support (production, administration, communication, booking, prévention). Pourtant, ces métiers sont eux aussi confrontés au sexisme, aux violences sexistes et sexuelles, ainsi qu’à des questions de légitimité et à des limites floues entre vie professionnelle et personnelle. TRUST vise à créer des espaces de parole et à produire des outils concrets pour répondre à ces enjeux. Un projet encore en cours de structuration.
La naissance d’Accalmie
Enfin, Accalmie est né d’un constat préoccupant : « Depuis près de deux ans, on remarquait une dégradation des comportements du public à Macadam, avec des vagues alarmantes jusqu’à ce que même des membres du staff soient agressés verbalement, parfois physiquement. « Des personnes comme celle en charge de la prévention ont été directement confrontées à ces situations », explique Emmanuelle Cavarlé (DA / responsable communication d’Androgyne).
Les incidents touchent également les artistes, avec des cris déplacés et des comportements agressifs. « On observait un public consumériste, avec certaines personnes qui agissaient comme si elles pouvaient tout se permettre, sans logique collective de respect », poursuit-elle. L’équipe constate des variations saisonnières, avec l’arrivée d’un public moins habitué au moment des rentrées universitaires notamment. « On donne à chacun le droit à un temps d’apprentissage, mais certains comportements finissent par perturber le déroulement des soirées et l’expérience des habitué·es. »
« Évidemment, nous avons aussi des alliés sur le dancefloor », ajoute Emmanuelle. « Beaucoup d’hommes sont sensibles à ces questions et se montrent très respectueux. » Jusqu’alors, Macadam concentrait ses efforts sur la sécurité et la prévention directement sur le dancefloor, mais les limites de cette approche sont apparues. L’idée d’organiser des événements en non-mixité est alors rapidement adoptée en interne. L’équipe y voit un intérêt évident et choisit de porter cette initiative directement, plutôt que de la confier à un collectif.

Le 15 février 2024, la première soirée Accalmie a lieu. « Certaines personnes, qui n’avaient plus l’habitude de sortir ou n’étaient pas familières de Macadam, se sont autorisées à venir », raconte Mado (co-directrice d’Androgyne). « Sociologiquement, c’était très intéressant : le public consommait moins d’alcool, la sécurité ne s’est jamais autant ennuyée, et le club… sentait bon ! ».
Accalmie interroge aussi les horaires et les formats. Pour rendre le club plus accessible, un compromis a été trouvé : le dimanche, de 15h à minuit. « Pour les publics que nous visons, la nuit est un véritable frein », résume Mado. La prochaine soirée en non-mixité aura lieu le dimanche 15 février, avec une programmation évidemment entièrement féminine signée : Bambi (résidente de Macadam), Oki Kuhu (talent local) ainsi qu’un b2b entre Asana et David David (figures d’Androgyne).
Au-delà de la fête
En parallèle, Accalmie développe des temps de réflexion sous forme de tables rondes, consacrées aux freins et obstacles rencontrés par les personnes FINTA dans la mise en œuvre de leurs projets. Ces échanges s’appuient sur des parcours et des vécus variés, avec des interventions comme celles de Pauline Gompertz (à la fois gérante de lieu, plasticienne et programmatrice/curatrice), de Paulette Sauvage (DJ) et de Solange Maribe (She Said So) en octobre dernier. L’objectif à terme est de faire dialoguer ces expériences avec des apports théoriques, afin d’aborder des thématiques comme les frontières entre vie professionnelle et personnelle, ou encore le sentiment d’illégitimité de manière plus profonde.
Le projet s’accompagne également d’un dispositif d’initiation à la production événementielle, destiné aux femmes et minorités de genre ayant eu peu accès à ces métiers. À partir du mois de février, plusieurs rendez-vous permettent de découvrir les bases de la programmation, de la production et de la communication, avec l’accompagnement des équipes de Macadam. À terme, un groupe d’une dizaine de participantes sera chargé d’organiser un open air en non-mixité à OHM Town à l’été 2026, de la conception à la réalisation. Une manière de transmettre des outils concrets et de favoriser une prise de confiance durable, dans un secteur où les espaces de décision restent encore largement peu accessibles.







