
DJ, productrice et fondatrice du label Binding System, @belaria_ façonne un univers hybride, entre électro, EBM, techno et new wave et nourri par une vision collaborative de la scène.
À l’occasion de la sortie de son EP Dynamic State, elle dévoile la genèse de son projet. Entre narration sonore, quête de bien-être et refus de l’isolement, elle évoque l’effet libérateur du mouvement et réaffirme la force d’une création collective, dans un monde où l’individualisme gagne du terrain.
Pour ceux qui te découvrent, comment te décrirais-tu en quelques mots ?
Je suis Belaria, DJ, productrice et fondatrice du label Binding System. J’ai toujours eu un peu du mal à définir ma musique dans un genre, mais je dirais que c'est entre électro, techno et new wave.
Tu viens au départ du DJing, à quel moment la production est devenue centrale pour toi ?
La production est vite venue car je voulais aller plus loin que le DJing. J'adore passer des morceaux que j’aime, mais il y avait cette frustration de vouloir aussi jouer mes propres compositions et d'exprimer ce que je ressens à travers le son. Donc les deux sont vite devenus assez complémentaires, et c'est grâce à la production que j'ai réussi à développer ma carrière.

Tu défends une vision de la musique électronique collective et ouverte. Comment cela s’exprime dans ta manière de travailler ?
Je pense que ça se joue dans la manière dont je vois l'évolution de la scène, ce besoin d’être réuni, en communauté. Je pense que dans ce milieu, tu ne peux pas tout faire seul. C’est en ça que pour moi, la musique électro s’épanouit quand elle est collective, et je sais que si j'en suis là aujourd'hui c’est parce que j'ai été bien entourée, autant par des artistes que des professionnels. Je donne de l’importance à cette ouverture aux autres, en faisant entre autres des remixes pour des artistes, des B2B... C'est comme ça que je m'épanouis.
Fin 2024, tu lançais ton propre label Binding System. Comment ce projet est né, et pourquoi maintenant ?
Ça faisait très longtemps que j'avais envie de le faire, pour avoir plus de liberté dans la création. J’avais aussi ce besoin de créer quelque chose qui a du sens, et le label était un projet qui en avait. Je l’ai donc lancé, en produisant en premier un artiste maltais pour lequel j'avais eu un gros crush musical : Acidulant. Je trouve sa musique dingue et je voulais absolument que ce soit lui le premier.

Dans quel état d’esprit étais-tu au moment de sa création ?
J’avais cette volonté de revoir mon rapport au métier d'artiste, de ne plus travailler en solitaire. J'en avais marre d’avoir le sentiment d’être juste focus sur mes projets. Je voulais remettre l'humain au centre, créer du lien avec différents corps de métier et développer quelque chose de plus global. Que ce soit avec des DJ, des graphistes, mais aussi des distributeurs vu que je fais aussi du vinyle. C’est pour ça que j’ai choisi le nom Binding System, qui veut dire Système de Liaison.
Tu as récemment sorti ton premier EP Dynamic State sur ton label. Quelles ont été tes sources d’inspiration ?
Ma première source d'inspiration a été mon vécu, cet EP est né de ma lassitude face au sentiment de sédentarité et de solitude que peuvent entraîner ce métier. À un moment donné, je me suis rendu compte que j'avais une vie hyper sédentaire la semaine mais hyper social et nomade le week-end, et je ne me plaisais plus dans ce manque d’équilibre. C’est de bouger, au sens large, qui m'a fait vraiment du bien. Ça passe par le sport, sortir faire des sessions en studio, aller voir d'autres artistes... et cette question de remise en mouvement est centrale, d'où son titre Dynamic State.

Tu le décris comme “une exploration des bienfaits du mouvement corporel sur l'esprit”. Tu peux nous parler de cet impact du corps en mouvement ?
Je me suis rendu compte à quel point le fait de bouger pouvait faire tellement de bien à l'esprit. Et j’avais envie de créer autour de ça, comme une invitation à le faire, à bouger, de n'importe quelle manière ! Je vois le mouvement, au sens global, comme une source d’émancipation et d’épanouissement.
Comment est-ce que tu parviens à traduire ça à travers tes tracks ?
L'impact du mouvement se voit dans l'évolution de la rythmique et dans la composition de chaque track. Les deux premières vont être plus breakées, déstructurées, avec des lyriques rapides. Tandis que les deux dernières vont avoir des rythmes beaucoup plus droits, avec une voix un peu plus posée et affirmée. Ça relate les bienfaits du mouvement : l'esprit et le corps qui s’apaisent.
Tu dis avoir pensé cet EP selon une narration précise, tu peux nous en dire plus ?
Dans Dynamic State, tout est relié. J’ai conçu ce projet avec une narration continue et une évolution du mood au fur et à mesure des tracks. Donc je conseille de les écouter à la suite. Même si je sais qu’aujourd'hui, on a tendance à écouter les choses de manière déconstruite à cause des algorithmes, ce que je trouve dommage. On prend moins le temps de se poser et de laisser couler un album du début à la fin.

Comment se construit cette histoire à travers tes 4 tracks ?
Au début, Losing Control est rapide et déstructurée par la rythmique breaké. L'idée était de raconter ce que je vivais intérieurement, de par l'immobilisme : tu es enfermé chez toi, tu n'as pas les idées claires. Ensuite, Body Movement est toujours breaké mais beaucoup moins rapide. C’est là qu’arrive la question de remise en mouvement, et ça passe aussi par les lyrics “You can make your body move”. Ensuite, dans Mind Improvement j’évoque le fait que l'esprit va mieux grâce à ça. Et pour finir Natural Chemical dit qu’on peut se soigner par nous-mêmes, par le mouvement.
J’ai vraiment essayé de créer une balade sonore, pensée du début à la fin, et c'est pour ça que j'ai mis du temps avant de ressortir un EP. Je ne suis pas une machine à prod, j'aime produire en mettant du sens derrière mes morceaux et qu’ils portent un message.
En décembre dernier, tu sortais le clip de Losing Control. Pourquoi était-ce important pour toi de mettre en images ce track en particulier ?
C'était important pour moi qu’on puisse visualiser littéralement ce mouvement dont je parle dans l’EP, et le choix de Losing Control est venu assez naturellement. C’est un morceau qui change de ce que j'ai produit jusqu'à présent, entre l’électro et les rythmes plus rapides, ça se prêtait bien pour la danse.
Dans le clip, chaque élément sonore a été isolé puis incarné à travers les pulsations du corps des danseurs. Tu peux nous expliquer ce choix ?
C’est la réalisatrice Roso avec laquelle j'ai travaillé qui a eu cette merveilleuse idée. Ce qui confirme ma volonté de travailler plus collectif ! Je suis arrivée avec l’envie d'avoir des danseurs pour représenter le mouvement. Il y avait tellement d'éléments dans ce morceau-là qu'elle trouvait ça intéressant de les représenter individuellement.
Comment ça s’est déroulé concrètement ?
Roso m’avait demandé d’isoler toutes les pistes en amont : snare, kick, synthés, éléments percussifs. Quand on a fait les répétitions, les deux danseurs Jena Divol et Valentin Beaufils ont inventé leurs propres gestes pour chaque élément. C'était hyper cool de voir ce rapport à la musique et leur façon de s’approprier mon morceau ! J’étais émue de voir qu'il y avait autant de têtes pensantes qui bossaient sur mon morceau, je trouvais ça hyper beau.

Quel regard portes-tu sur ta scène actuelle ?
J'ai du mal à m’identifier dans une scène en particulier, mais dans le milieu de la musique électronique ce que je trouve bien c’est qu'il y a de la place pour tout le monde. Aujourd'hui, on a des collectifs de plein de genres différents, et une volonté de représenter des minorités qui étaient avant mises de côté. Mais c'est aussi une industrie qui commence à être un peu bouffée par le capitalisme et qui perd par moment son essence de communauté. Mais je pense qu'il faut voir comment les choses évoluent avec le temps. Le Covid a aussi permis de revenir à des choses plus communautaires, locales et je trouve ça bien !
Aujourd’hui, qu’est-ce qui te motive le plus : créer, jouer ou transmettre ?
Les trois participent à mon équilibre d'artiste et contribuent à mon bien-être, ils sont très complémentaires. Ça me stimule d'aller jouer dans d’autres pays, découvrir différentes cultures club, rencontrer du monde. J'aime aussi produire parce que je veux véhiculer des messages. Et j’adore aussi transmettre, mais je l’ai découvert récemment parce que j'ai eu l’occasion de donner des master classes, et c'est quelque chose qui m'a beaucoup nourrie !
On te retrouve le 31 janvier à FVTVR aux côtés de Olympe4000, Vel et Voiski. Comment est-ce tu envisages cette soirée ?
J’ai hâte d’y être, et pouvoir célébrer cet EP qui est prêt depuis plus d’un an. Je suis contente de faire une release party avec des artistes que j’apprécie autant humainement qu'artistiquement. Ça va être une soirée good vibe entre amis ! Niveau musique, ça ira de la house à des trucs un peu plus transe, techno, donc un bon mix de styles mais dans un ensemble évidemment cohérent.



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