
Photo à la une by © Gaspard Herledan
Rapidement devenu une référence des festivals de musique électronique à taille humaine, Orange Crush réunit depuis cinq ans artistes reconnus et talents émergents dans le décor bucolique de la Ferme de Bissy, à seulement 45min de Paris. Pensé autour de deux scènes et d’une programmation soignée, le festival revient le week-end du 12 juin pour célébrer sa cinquième édition. L’occasion de rencontrer ses fondateurs et de revenir avec eux sur la naissance du projet, son ADN et les ambitions qui façonnent son identité.
Comment est né Orange Crush et pourquoi ce nom ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
Orange Crush est né d'une rencontre entre Tancrède, Raphaël et moi en février 2022. À la base, l'idée était très simple : organiser un petit festival pour nos potes, avec environ 300 personnes. On n'avait pas du tout envisagé de continuer l'aventure après, c'était vraiment pensé comme un one shot. Et au final, ça a pris. Les gens ont adoré, nous ont poussés à refaire et cinq ans plus tard on est toujours là. Pour le nom, on avait déjà en tête dès le début l'envie de quelque chose de solaire, qui fasse été et avec un lien assez fort à la nature. On avait exploré pas mal de pistes autour de cet univers-là, fruits, plantes, couleurs... mais rien qui nous paraissait vraiment évident. Et en fait, le déclic est venu lors de notre tout premier repérage, trois mois avant la première édition. On arrive sur le champ, il y a un énorme coucher de soleil, le champ baigne dans une lumière orange et là on se dit direct : ok, "orange", c'est exactement ça. Ça résume à la fois le lieu, l'ambiance et cette idée de moment suspendu qu'on voulait créer. C'est une image qu'on retrouve encore aujourd'hui à chaque édition. "Crush", c'est venu compléter cette idée avec une dimension plus humaine. Le côté rassembler, créer du lien, quelque chose de fédérateur. Pour nous, c'est vraiment l'essence du festival : des gens qui se retrouvent, qui partagent des moments forts ensemble. Le nom s'est imposé naturellement comme ça, avec cet équilibre entre une identité visuelle forte et une dimension humaine.
Raphaël Anglister — Co-fondateur et Directeur Artistique
Orange Crush est né d'une ambition commune avec Tancrède, et s'est construit de façon très immédiate avec Louis. Dès nos années d'études, nous avons forgé notre expérience en organisant de nombreux événements, avant de nous spécialiser progressivement sur un registre plus pointu, portés par une passion grandissante pour la musique. Parisiens d'origine, c'est à Angers, lors de notre cursus en école de commerce, que le déclic a eu lieu. Nous y avons côtoyé une scène nantaise très active, dotée d'une solide culture underground qui nous était alors méconnue. De retour à Paris pour les week-ends, nous avons exploré l'effervescence des clubs de la capitale, une scène toujours aussi vibrante aujourd'hui. Le véritable tournant a eu lieu en 2022 : à une période où nos stages respectifs manquaient de sens, le désir de bâtir notre propre projet événementiel est devenu impérieux. Nourris par cette passion de longue date, créer notre propre festival était la suite logique, inspirés par l'émergence de nouveaux formats à taille humaine à travers la France. L'ambition globale a ensuite mûri autour d'une réelle volonté de différenciation artistique. Nous étions fascinés par des festivals européens à l'identité forte et singulière, tels que Dekmantel, Houghton ou Butik. Notre moteur initial était clair : offrir au public local l'opportunité de découvrir ces artistes que nous avions la chance de voir ailleurs en Europe.
Qui est à l'origine de ce projet ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
Le projet vient de Tancrède, Raphaël et moi. Tancrède et Raphaël sont meilleurs potes et avaient envie de créer un festival, mais ils n'avaient pas de lieu. De mon côté, j'en avais un et j'étais super chaud pour lancer un projet comme ça. C'est un ami en commun qui nous a mis en relation en leur disant : "je crois que j'ai la bonne personne pour vous". On s'est rencontrés, ça a de suite matché et tout est allé très vite. En moins de quatre mois, on avait monté l'équipe et organisé la première édition. Aujourd'hui, nous sommes neuf dans l'équipe, avec une quarantaine de bénévoles qui nous accompagnent quasiment toute l'année pour faire vivre le festival.
Depuis la première édition en 2022, comment le festival a-t-il évolué ?
Raphaël Anglister — Co-fondateur et Directeur Artistique
D'un point de vue pragmatique, l'évolution est flagrante sur plusieurs piliers : la jauge, le public, l'envergure scénographique et la programmation. 2022 a servi de galop d'essai avec 300 personnes. Aujourd'hui, nous atteignons 900 personnes en instantané et plus de 1000 sur l'ensemble du week-end. Nous tenons à préserver cette échelle à taille humaine ; si la progression est réelle et gratifiante, nous refusons une croissance exponentielle au profit d'un développement maîtrisé et raisonné. Le profil du public a également muté. À l'origine, le cercle était restreint : familles, amis et une quarantaine de bénévoles permettaient de remplir les rangs. Désormais, sur 900 participants, une large part découvre le festival par sa renommée ou via le bouche-à-oreille. L'évolution la plus spectaculaire concerne la scénographie. Si nous sommes passés des "palettes et des clous" des débuts à des installations plus sophistiquées, l'esprit reste le même. Nous collaborons désormais avec des scénographes, des artistes et des experts en logistique et construction. Notre exigence se porte sur la qualité du rendu, le soin apporté aux finitions et le souci du détail.
Le choix de nos partenaires a été déterminant. Je pense notamment à la boîte de production lilloise Analog Production, qui nous apporte une expertise visuelle et scénographique, particulièrement sur la gestion des lights. Puis, la programmation est devenue d'une grande précision. Nous balayons un spectre large : de la disco à la drum and bass, en passant par la minimal, la progressive, la techno et divers registres de house.

Votre mantra "friends & family" est au cœur du projet. Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
Je pense qu'on a tous les trois une vision assez personnelle de ce que représente "Friends and Family", mais il y a une base commune. À l'origine, c'était vraiment un festival pensé pour nos amis, la famille, les amis de la famille, la famille des amis, les amis des amis... les proches. Aujourd'hui, ça a grandi et ça dépasse ce cercle, mais l'idée reste la même. On essaie de mettre l'humain au centre du projet, vraiment. Et quelque part, aller un peu à contre-courant de certains gros festivals où tout est très industrialisé, très orienté volume et où les festivaliers peuvent parfois être vus comme des "billets" plus que comme des gens. Nous, on veut l'inverse, que les gens se sentent bien du début à la fin du week-end. Ça passe par plein de choses : la manière dont on communique, dont on répond aux messages, l'accueil sur place, l'ambiance globale... Et surtout, c'est quelque chose qu'on essaie de transmettre à tout le monde, de l'équipe, aux bénévoles, en passant par la sécurité, les prestataires... Au final, "Friends and Family", c'est vraiment ça : créer un cadre où les gens se sentent bien, à leur place, entourés et vivent quelque chose de sincère.
Raphaël Anglister — Co-fondateur et Directeur Artistique
Le mantra "Friends and Family" incarne notre vision communautaire. Si la France a parfois du mal avec ce concept à grande échelle, nous croyons en la force des "sous-communautés" éphémères qui se créent dans des lieux et des instants précis. "Friends & family" signifie que tout le monde est le bienvenu pour se fédérer autour de la musique. Nous refusons l'exclusivité ou les codes barrières souvent présents dans le milieu de la nuit. C'est la promesse d'un festival à taille humaine où la sérendipité règne. Cette ADN puise ses racines dans le bouche-à-oreille initial. Le festival est devenu le rendez-vous annuel où l'on regroupe ses cercles — amis d'école, de lycée, famille. Ce n'est pas de l'entre-soi, mais une célébration de la proximité. L'absence de jugement et ce sentiment d'être "à la maison" sont les retours qui nous touchent le plus. Orange Crush est un projet né entre potes, devenu une famille.
Pouvez-vous nous en dire plus sur le lieu du festival et ce qu'il apporte à l'expérience ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
Le lieu est très particulier pour moi, parce que c'était la ferme agricole de mon père pendant 26 ans. On avait des vaches, on produisait du lait... et l'exploitation a fermé en 2023, soit un an après la première édition d'Orange Crush. Il y a une dimension assez forte, émotionnelle, dans le fait de faire vivre ce lieu autrement aujourd'hui. Concrètement, on a accès à des champs, à une partie de la forêt, donc on est vraiment en pleine nature. Et en même temps, le gros point fort, c'est que le site est à 45 minutes de Paris. C'est hyper accessible, même en transports tu es à 10 minutes du RER en voiture. Il y a aussi un autre aspect important, on prépare le festival en amont avec les bénévoles et on peut utiliser les logements de la ferme, qui sont aujourd'hui vides. Ça nous permet de loger une partie de l'équipe sur place et pendant le festival, d'accueillir les artistes et certains prestataires directement sur le site. Au final, c'est un lieu qui coche toutes les cases : chargé d'histoire, en pleine nature, hyper pratique pour organiser un festival à taille humaine proche de Paris.

Quels ont été les plus grands défis dans la gestion et le développement d'Orange Crush ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
Je dirais que les plus gros défis étaient surtout au début. Déjà, il a fallu construire et consolider le projet, les équipes et tout l'aspect business. On est partis de rien. On avait quelques expériences à droite à gauche, en BDE ou un peu en pro, mais en entrepreneuriat pur, on découvrait tout. Donc forcément, on a fait des erreurs au début. Financièrement déjà, on a perdu de l'argent sur certaines éditions. Aussi, sur la partie législative, on ne faisait pas toujours les choses parfaitement. Ensuite, il y a tout le sujet humain et les équipes. La première année, on était trois et on arrivait à tout gérer. Aujourd'hui, ce serait totalement impossible. On a donc agrandi l'équipe et ça n'a pas été simple de trouver les bonnes personnes aux bons postes. Il a fallu comprendre ce que chacun voulait faire, là où les gens étaient bons et apprendre nous-mêmes à déléguer. Ça nous a pris du temps. Pendant presque trois ans, on a testé des organisations, changé des rôles, ajusté pas mal de choses avant d'arriver à quelque chose de stable.
Tancrède, comment construis-tu un lineup Orange Crush ? Quelle place accordes-tu aux artistes émergents par rapport aux artistes plus installés ? Pourquoi ?
Tancrède Baiguini — Co-fondateur et Programmateur
La particularité et force d'un festival c'est la durée et la pluralité de ses scènes. Avec Orange Crush je peux exprimer les différents spectres de la musique électronique que je souhaite mettre en avant. Mon fil conducteur est la cohérence des scènes ; qu'on puisse raconter une histoire du 1er set au dernier. Je fais toujours en sorte d'avoir des styles différents qui jouent simultanément, afin de laisser le choix aux festivaliers. Pour ce qui est de la programmation, ma vision est d'avoir une symbiose entre artistes internationaux qu'on admire et que l'on voit jouer dans les clubs et festivals underground les plus reconnus d'Europe, dans un cadre beaucoup plus intimiste avec une proximité du public qui est rare. Et évidemment des artistes émergents de la scène française, récurrents du festival qui nous font confiance depuis plusieurs années. J'ai aussi chaque année l'envie et le désir de booker un.e artiste émergent.e de la scène européenne, à l'image de Zuri l'année dernière ou Limbic Sis cette année. Je n'aime pas me cantonner à un genre de musique, le format festival permet vraiment de s'affranchir de ça et de ne pas choisir. Tu pourras très bien écouter de la UK garage, du disco ou de la house dans sa version la plus pure. Les artistes émergents ("locaux"), ce sont eux qui font la force de ton festival, car ce sont des artistes que tu peux retrouver de manière récurrente sur les différentes éditions et qui donc créent un lien et une histoire avec ton événement. D'ailleurs ce sont souvent eux qui sont le plus sollicités.

Quelle importance accordez-vous au soundsystem dans l'expérience du festival ?
Raphaël Anglister — Co-fondateur et Directeur Artistique
L'importance accordée au soundsystem est capitale. Fidèles à notre quête d'excellence, nous refusons tout compromis sur la qualité sonore. Notre public investit pour vivre une vraie expérience et il est de notre devoir de la lui offrir. Le soundsystem est un marqueur culturel puissant dans la musique électronique ; il est le garant de la performance. Avec une programmation internationale incluant des résidents du Panorama Bar et des artistes habitués aux plus grandes scènes mondiales, nous devons proposer un équipement à la hauteur de leur talent et de l'exigence qu'ils portent à leurs sets. Pour honorer notre promesse envers les festivaliers et les artistes, nous collaborons avec le prestataire belge RMS, qui nous donne accès à d'excellents systèmes. La petite scène est sonorisée par Void Acoustic, tandis que la grande scène bénéficie de la puissance de Funktion-One. Le Void, avec sa précision sur les aigus se prête parfaitement à l'ambiance solaire de la scène extérieure, où résonnent funk, disco, live, drum and bass et jungle. Sur la scène de nuit, plus deep, house et techno, le système Funktion-One délivre ses basses et ses fréquences que les puristes affectionnent tant. Le son n'est pas un accessoire, c'est le cœur battant du festival.
Comment Orange Crush s'est-il développé en dehors du festival ?
Tancrède Baiguini — Co-fondateur et Programmateur
Le festival est, et reste le fer de lance de Orange Crush. Mais on était frustré de devoir attendre une année pour retrouver l'ambiance du festival. Aussi on souhaitait ouvrir de nouveaux horizons et ça nous semblait logique de le faire par le biais de soirées. Ça permet de transmettre l'esprit Orange Crush hors les murs. On a à cœur de sélectionner des lieux qui nous ressemblent tant par la DA que la qualité de ceux-ci, avec un soundsystem pointu et des lights soignées. Aujourd'hui on est très fier de pouvoir organiser nos soirées SONORE à Fvtvr, au Rex, au Badaboum... La prochaine étape serait de sortir de Paris, on a quelques tuyaux mais encore rien de concret.
Le festival repose sur une équipe majoritairement bénévole, comment cela fonctionne-t-il concrètement ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
Aujourd'hui, le staff est organisé en trois niveaux. Tout en haut, il y a le bureau, où on est neuf — cinq filles et quatre garçons. On s'est réparti les rôles : production, programmation, direction artistique, communication, subventions, gestion des bénévoles, budget, administratif... C'est vraiment le noyau dur, les gens qui sont là toute l'année. On fait au moins une réunion par mois pour suivre l'avancée du projet. Ensuite, on a une quarantaine de bénévoles qu'on appelle les "Artisans Orangers". C'est principalement des potes, ou des proches, qui viennent nous aider sur les week-ends de préparation, entre mars et juin. Avec eux, on a littéralement construit le festival : les scènes, le bar... Et enfin, il y a les bénévoles du festival. Tous les gens déjà cités en font partie, mais on a besoin de renfort, donc on recrute environ une trentaine de personnes en plus, uniquement pour le week-end du festival. Aujourd'hui, c'est un projet où personne n'est rémunéré, on fonctionne encore en association. On réfléchit à créer une société pour la suite.
Comment recrutez-vous et fidélisez-vous les membres de votre équipe ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
C'est une question pas si simple, mais je pense que ça repose beaucoup sur l'énergie du projet. Dans les faits, on recrute surtout via notre entourage, puis par bouche-à-oreille. Mais ce qui fait vraiment que les gens restent, c'est tout ce qu'il y a autour : les week-ends de préparation, les moments d'équipe et évidemment le festival en lui-même. Je pense celles et ceux qui nous accompagnent, surtout qui sont là depuis le début, ont vraiment à cœur que le projet continue d'exister. Et même au-delà de ça, il y a quelque chose de très fort dans le fait de construire un festival entre potes, à cet âge-là. On a un taux de fidélisation qui est assez fou : quasiment 100 % des bénévoles reviennent d'une année sur l'autre ce qui montre que ça leur parle et que l'expérience leur apporte vraiment quelque chose.
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Pouvez-vous nous présenter quelques profils clés qui participent au projet ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
La première, c'est Louise. C'est une amie à moi et c'est la scénographe du projet. Elle a fait une école de commerce assez classique et à la fin de ses études elle se posait pas mal de questions sur le sens de ce qu'elle faisait. Ça a coïncidé avec le moment où elle a commencé, sans forcément mettre de mots dessus au début, à gérer la scénographie du festival et toute la partie construction. Ça fait maintenant deux ans et c'est assez impressionnant de voir son évolution. Elle est plus jeune que nous, elle a cinq ans de moins que moi et je suis bluffé au quotidien par sa capacité à apprendre rapidement, à gérer des équipes sur les chantiers, à structurer des projets. Aujourd'hui, elle est en pleine reconversion pour faire de la scénographie son métier.
Ensuite, il y a Perla. Elle est dans le bureau depuis quatre ans et est aujourd'hui directrice de production. C'est elle qui gère tout le budget de l'association et qui répartit les enveoppes entre les différents pôles. On travaille d'ailleurs beaucoup en binôme sur les sujets financiers.
La troisième, c'est Téa. Elle est bénévole depuis la première année, mais elle a rejoint le bureau il y a un an et demi. Aujourd'hui, elle m'accompagne sur la production et elle gère surtout tout ce qui est subventions. Cette année, on a obtenu nos premières subventions, notamment avec le CNM. Pour les fondateurs : Raphaël est aujourd'hui directeur artistique du projet : il est responsable de toute la cohérence visuelle, que ce soit sur les réseaux ou sur le festival lui-même. Tancrède est le programmateur : c'est lui qui fait tout le travail de recherche en amont, qui identifie les artistes, échange avec les agences de booking et négocie les deals. Et moi, depuis un an et demi, je suis directeur du festival. Mon rôle, c'est de coordonner les équipes à l'année et en parallèle je gère toute la production avec Perla, ainsi que les partenariats.
Qu'est-ce que cette expérience apporte ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
Il y a cinq ans, j'étais incapable de construire un budget, je ne savais pas négocier avec des prestataires, je n'avais aucune idée du nombre d'agents de sécurité nécessaires pour organiser un festival... Et en fait, en quelques années, on a appris tout ça. On a appris à gérer un budget, à manager des équipes, à monter des partenariats, à négocier des contrats, à structurer un projet de A à Z. Au final, c'est presque une formation accélérée à l'entrepreneuriat. Et ce qui est intéressant, c'est que toutes ces compétences pourraient s'appliquer à plein d'autres projets, pas seulement à un festival. Honnêtement, c'est l'expérience la plus formatrice que j'ai vécue de ma vie.
Vous portez une démarche éco-responsable, comment cela se traduit-il concrètement ?
Tea Jourdan — Chargée de production et subventions
On essaie d’intégrer une vraie réflexion écologique depuis le début du projet, mais sans prétendre être exemplaires. En ce sens, on met en place des choses, mais on ne communique pas dessus comme un argument central et on ne se revendique pas comme un festival “écolo”. On reste un petit événement, avec des moyens limités, donc on avance progressivement, à notre échelle. Plus concrètement : les transports représentent le principal poste d’émissions, autour de 80 %, en incluant la logistique, les artistes et les festivaliers (The Shift Project, 2021).
Les transports logistiques restent assez limités puisqu’on construit beaucoup directement sur site. Pour le public, les déplacements se font surtout en voiture ou en transports en commun, dont on essaie de faciliter et soutenir au mieux la logistique. Côté artistes, une minorité vient en avion, et c’est quelque chose qu’on essaie de réduire dans la mesure du possible. On privilégie les partenariats locaux, par exemple avec Volcelest, un brasseur artisanal qui nous suit depuis la première édition. On fait aussi attention au merchandising et aux goodies, qu’on produit en Europe et en quantités raisonnables. Toute la scénographie et les installations sont réalisées par nos bénévoles, en grande partie à partir de matériaux récupérés ou réemployés, notamment via la Réserve des Arts ou Emmaüs. Ça reste des actions modestes, et on sait qu’on peut faire mieux. Mais c’est important pour nous de rester cohérents et d’améliorer les choses petit à petit, plutôt que de faire de grandes promesses qu’on ne pourrait pas tenir.
Quelle importance accordez-vous aux questions de prévention et de sécurité ?
Tea Jourdan — Chargée de production et subventions
On accorde une importance très forte à ces questions. Depuis la première édition, alors que l’Orange Crush était encore un tout petit événement, on avait déjà sur site des équipes de sécurité et la Croix-Rouge française. Le bien-être des festivaliers et le fait qu’ils se sentent en sécurité et à l’aise, c’est vraiment central pour nous. Ça passe évidemment par un dispositif de sécurité solide, mais aussi par de la prévention. Depuis l’an dernier, on accueille des associations de réduction des risques spécialisées dans le milieu festif (Le Gang du Lapin Vert, établi dans le 92, et Hygie, association de RDR de la faculté de médecine de Paris). Elles font de la sensibilisation, mettent à disposition du matériel de prévention gratuitement et organisent des maraudes pendant toute la durée du festival pour aller au contact des festivaliers et s’assurer que tout va bien. Leur présence a été très bien accueillie, autant par le public que par les équipes sur place. Elles travaillent main dans la main avec la sécurité et la Croix-Rouge, ce qui permet d’avoir un dispositif vraiment complémentaire. On sait que les dispositifs de RDR dans le milieu festif peuvent parfois être mal perçus, comme s’ils revenaient à encourager ou valider certains usages. Nous, on pense exactement l’inverse : c’est essentiel pour garantir la sécurité et le bien-être des festivaliers. C’est pour ça qu’on tient à intégrer ce type d’acteurs et à construire un cadre le plus serein possible.
Pouvez-vous nous en dire plus sur l'édition 2026, à quoi peut-on s'attendre cette année ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
Pour nous, 2026, c'est vraiment une année de confirmation. Aujourd'hui, on a un peu tous les voyants au vert pour faire la meilleure édition qu'on ait jamais faite. Que ce soit sur la programmation artistique, avec des artistes qu'on rêvait d'avoir depuis le début, ou sur les prestataires. On est hyper contents de ce qu'on a réussi à mettre en place, que ce soit derrière le bar, sur les food trucks ou sur les équipes en général. Il y a aussi tout le travail avec les institutions qui a beaucoup évolué. On travaille maintenant vraiment main dans la main avec la préfecture, la ville, le territoire. L'idée, c'est plutôt de pousser plus loin ce qu'on a déjà construit. Donc ceux qui étaient là en 2025 ne seront pas perdus, mais ils verront clairement les améliorations, que ce soit sur l'expérience globale ou sur le niveau de professionnalisation du festival.
Tancrède Baiguini — Co-fondateur et Programmateur
De nouvelles installations scéniques et lumineuses verront le jour, choisies et imaginées par nous et nos prestataires. Elles viendront sublimer la forêt ainsi que le champ, rendant l'expérience du festival encore plus magique.
Au-delà de cette nouvelle édition, quels sont les prochains rendez-vous et projets à venir ?
Louis Trebouta — Co-fondateur et Directeur de Projet
On ne va pas tout dévoiler tout de suite, mais il y a pas mal de choses qui arrivent. Déjà, on continue les soirées à Paris et on aimerait clairement accélérer un peu le rythme. On a notamment de belles dates prévues après l'été. On travaille aussi sur un projet d'open air en septembre, sur le lieu du festival. L'idée serait de faire un format sur une journée, avec une ambiance plus "garden party" que festival et une programmation très house/disco. On aimerait aussi profiter de ce format pour ouvrir un peu la programmation à du live, avec de la pop, du rock, du jazz ou encore du rap et sortir du cadre purement électro. Pour l'instant, on est encore en discussion avec les préfectures, donc on préfère rester prudents là-dessus, mais c'est clairement dans les tuyaux.
Tancrède Baiguini — Co-fondateur et Programmateur
Nos soirées SONORE continuent à partir de septembre, avec cette envie de voir plus loin que Paris et d'organiser notre 1ère soirée SONORE à l'étranger. On a l'idée d'organiser aussi un festival OFF, en plus petit comité.
Rendez-vous du 12 au 14 juin pour la 5e édition d’Orange Crush, au sud de Paris. Derniers tickets disponibles sur Resident Advisor.
Interview réalisée par Luo Gouverneur.






