Rencontre avec Jen Cardini au Brunch Electronik Festival de Barcelone

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Est-ce que c'est un format qui te plaît, le format de festival ? Et est-ce que tu te mets dans un état différent de quand tu joues en club ?

Évidemment, la sélection musicale que tu vas jouer en festival sur une période de deux heures comme ça devant autant de monde a tendance à être plus condensé. Il y a un besoin d’énergie important. La préparation est donc forcément différente de celle d'un club. Après, il y a festival et festival :  tu as des gros festivals avec des dancefloors de 9 000, 10 000 personnes puis tu as des choses qui sont un peu plus petites, comme des boutiques festivals ou les scènes de Dekmantel où tu as un vrai public de connaisseurs. Ça te donne à peu près la même flexibilité qu'en club.

Est-ce que tu ressens encore le besoin d’aller en festival en tant que public, et pas seulement comme artiste ? Est-ce important pour toi de retrouver cette énergie de l’autre côté des platines et de continuer à te nourrir de ces expériences ?

Je joue tous les week-ends, donc c'est difficile pour moi d'aller en festival, mais il y a certains festivals où je joue et ça m'arrive des fois de rester si je le peux et de vivre l'expérience du festival comme un festivalier. Récemment, j'ai joué en Suisse au Paléo Festival et je suis restée voir The Cure, c'était vraiment une bonne expérience. Et puis c'est chouette aussi d'être avec tout le monde, d'être de l'autre côté pour une fois.

Crédit : Maria Nieto

Tu vis aujourd’hui au Portugal, après avoir passé une grande partie de ta vie en France, entre le Sud et Paris, et également à Berlin. Est-ce que ce changement de pays et cette immersion dans une autre culture, notamment électronique et festive, ont influencé ta manière de voir la musique et la fête ?

Oui, bien sûr, parce que tu apprends plein de choses. Les difficultés ne sont pas les mêmes par pays, par scène. En ce moment à Lisbonne, avec les élections, beaucoup de lieux alternatifs et queer ferment, c'est très compliqué. C'est en opposition complète avec une ville comme Berlin, par exemple. Je m'intéresse à ce qui se passe localement. J'essaye de participer aussi, de bosser avec des collectifs, d'avoir des échanges, d'aller acheter des vinyles dans la ville où j'habite. C'est une des choses que j'aime dans mon travail depuis plus de 30 ans. C'est le fait de voyager, le fait de rencontrer d'autres gens qui vivent la même passion que moi avec d'autres contraintes ou avec d'autres libertés. Ça me permet de bien connaître cette scène que j'aime vraiment beaucoup et dans laquelle j'évolue depuis 30 ans.

Selon toi, qu’est-ce qui a le plus changé dans la manière de programmer un festival électronique depuis tes débuts ?

Il y a un gros retour en arrière sur la parité cette année. Avec le virage à droite et des discours de plus en plus radicaux dans la presse mais aussi au niveau politique, il y a quand même un confort de la part de certaines personnes qui ne font même plus l’effort de l’inclusivité. Malgré tous les progrès qu'on a fait, malheureusement, je pense qu'il y a quand même un bon retour en arrière.

Ce qui a également changé au niveau de la programmation des festivals, c'est qu'on est dans une dynamique où il n'y a que deux compagnies qui sont propriétaires de la majorité des festivals. On se retrouve avec une programmation qui est aussi là pour vendre des tickets. Ça laisse très peu de place à la découverte et à la scène émergente. Par exemple, le public de Dekmantel ou de Nuits Sonores va de moins en moins dans des festivals où il allait encore il y a quelques années. Il ne veut plus y aller parce qu'il n'y a aucun intérêt. C'est tout le temps les mêmes. Il y a une certaine ubérisation du festival. 

Crédit : Maria Nieto

August in Paris fête ses 20 ans cette année. Tu annonçais récemment une release party au Rex Club à Paris pour célébrer la réédition du projet avec Shonky. Que représente ce projet pour vous aujourd’hui, et que signifie le fait de le voir revivre 20 ans après ?

C'est un morceau que j'ai fait avec Shonky, qui est sorti en 2006, sur le label berlinois Mobilee. Ce morceau, il fait quand même un peu partie de l'histoire du Watergate, de Berlin… On le ressort sur Correspondant. avec Shonky que j'adore, avec qui j'ai des super rapports. On est restés très proches, on a aussi fait Tuesday Paranoia ensemble, et quelques remixes, c'est quelqu'un que j'aime beaucoup. Je sais pas si t'as regardé sur les réseaux mais on s'est fait des déclarations d'amour quand on a annoncé le EP. On le ressort avec trois remixes qui sont des remixes de jeunes producteurs que j'aime particulièrement : Jennifer Loveless, Kasra V et Jump Source. C'est vraiment top. Et ça me fait super plaisir de ressortir ce EP, qui plus est sur mon label, donc je suis hyper content.

Toutes les informations sur la release party d'August In Paris sont à retrouver sur Shotgun.