Interview Théo Muller : « Je prends quelques dates, celles où je peux pleurer »

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Théo Muller ne s'embarrasse pas de faux-semblants : il avance au radar de l’émotion, sans jamais trahir ses racines de raver. De ses premiers émois devant le Hit Machine à son rôle de coprogrammateur des Trans Musicales, il trace un sillon d'une honnêteté rare. Entre l'iode de Douarnenez et l'adrénaline de son groupe punk Dalle Béton, il revient sur son parcours de "maudit raver" apaisé.

Alors qu'il s'apprête à lancer son label Dada Divaga et son deuxième album, Théo se confie sur son besoin de ralentir et de ne garder que l'essentiel : l'émotion brute. Qu'il s'agisse de ses souvenirs au studio de la Porte de Pantin pour son EP “Finistère Amer” ou de ses journées à dénicher des "OVNIS" musicaux avec Jean-Louis Brossard.Portrait d'un activiste qui n'a jamais appris à tricher avec ses émotions.

À quand remonte ton premier rapport aux musiques électroniques ?

J’vais pas faire genre Aphex Twin ou Massive Attack, mon premier rapport à la musique électronique c’est vers 8 ans grâce à l’émission Hit Machine de Charly et Lulu. J’étais fan de cette émission et mon argent de poche allait dans les CD 2 titres : Blue d’Eiffel65, Turn Around de Phats & Small, Stardust Music Sounds Better With You évidemment ou ce bon vieux Boris…  Mes morceaux préférés étaient sans le savoir de la musique électronique.

Ta vision du mix et de la production musicale a-t-elle évolué avec le temps ? Quelles sont les conclusions que tu en tires aujourd'hui ?

Ça a évolué et ça évoluera. Je mange beaucoup de musique tous les jours et j’en produis de temps en temps. Les choses ont changé en tant qu’artiste, je ne suis plus intermittent depuis 2 ans, j’ai un enfant et un taf aux Transmusicales. Je prends quelques dates, celles où je peux chialer ou qui me tiennent à cœur. Tout ce rave system c’est ma vie mais ça fait du bien de ralentir. Avoir le respect de mes maudits ravers ou de certaines personnes comme Jane Fitz, c’est le plus important pour moi. Je vais continuer mon petit bonhomme de chemin sans pression. J’ai enfin bouclé mon deuxième album, qui sortira sur mon prochain label Dada Divaga à condition que je ne mette pas 2 ans à faire l’artwork.

Peux-tu nous parler de ton EP sur le label Concrète, "Finistère Amer" ? Que représente cet EP pour toi ?

Ma réconciliation avec Brice Coudert ! Plus sérieusement, il représente une super période, les grands dimanche matin sur le bateau quai de la rapée… et surtout un EP que je peux encore écouter aujourd’hui. Il a été composé dans un studio / garage que je louais les lundis porte de Pantin où bossaient aussi Myako, Neue Grafik. Bamao Yendé ou Epsilove. On a pris quelques taules sympathiques là-bas. Je n’avais jamais touché une 808 ou un Moog, c’était cool. Coucou Martin et Walid.

Cela fait plusieurs années maintenant que tu organises ton festival Dans an Diaoul, un festival au cœur de la Bretagne. Quelle place occupe cette région dans ton parcours artistique ?

Ce n’est pas un festival, c’est mon anniversaire pour mes Diaouls ! Concernant la place de la Bretagne dans mon parcours, que dire, elle est omniprésente : Astropolis, les Trans, Midi Deux, Echap, la ferme de Quincé…  J’ai composé mon prochain album à Douarnenez, au ponton à Port Rhu !

Pour continuer sur la Bretagne, tu programmes les Transmusicales depuis maintenant 2 années, un immense tremplin pour beaucoup d'artistes émergents. Comment t'organises-tu face à ce travail de programmation et quels sont les choix et contraintes auxquels tu te retrouves exposé ?

Je coprogramme, j’assiste le légendaire Jean Louis Brossard. Concernant les choix et contraintes, forcément j’ai moins de temps pour ma musique perso mais d’un autre côté je la nourris en diguant toute la journée. L’ADN des Trans est unique : chercher des OVNIS ! Il y a beaucoup de sollicitations et parfois il y a des projets qui sortent du lot, c’est ça qu’on aime. Je reste humble à côté du puit de culture qu’est Jean Louis. Je prends le train le matin de mon Finistère, je rentre le soir pour manger avec ma fille, la coucher puis me faire un petit mix si je ne suis pas rincé.

Enfin, qu'est-ce que représente dans ta vie ton groupe Dalle Béton ? Un groupe de punk qui pourrait sembler très différent de ton image de DJ et producteur de musique électronique. Quelles influences en tires-tu ?

Une sacrée aventure et un alignement de planète incroyable. C’était wild, on s’est tellement marré… On a joué au rock’n’roll à 100% tout en étant des gros bras cassés. J’ai toujours aimé le rock et ce projet m’a permis d’être à l’aise sur scène. Je trouve dommage qu’il n’y ait pas plus de groupes à ouvrir leur gueule sur la situation actuelle. 

Interview menée et rédigée par Marie Espargiliere