
Alors que le paysage des labels électroniques français continue de se réinventer, CRVSH fait une entrée remarquée dans le game. Porté par le duo Zaatar et VBX, le projet ambitionne de défendre une musique hybride, à la croisée des genres, refusant de se laisser enfermer dans une case stylistique.
Entre volonté de créer une vraie communauté autour du label, attachement à l'objet physique et engagement pour la parité dans l'industrie, les fondatrices reviennent sur les valeurs et l'ADN de ce nouveau projet, à l'occasion de leurs deux soirées de lancement organisées au Badaboum à Paris et à Lille le 18 septembre.
CRVSH c'est donc ton nouveau label avec VBK, quelles sont les valeurs que vous souhaitez transmettre à travers ce nouveau projet ?
CRVSH est avant tout un label qui aime la musique hybride, celle qui ne rentre pas dans les cases. VBK et moi tenons à aller voir des sets et à être surprises : « Ce n'est ni house, ni techno… mais c'est quoi ? » On adore ces morceaux dont l'identité est diluée et qui deviennent leur propre style. The Hacker est un bon exemple de ce qui nous fascine : c'est de la techno, mais pas vraiment ; il y a des influences new wave, de l'électro Detroit, il a sa propre recette. On veut vraiment défendre cette énergie brute et sans limite que peut avoir la musique électronique.
Aujourd'hui, énormément de musiques sont disponibles sur les plateformes, de nouveaux labels voient le jour en permanence, quel est votre positionnement sur cette sur consommation de la musique ?
Nous ne sommes absolument pas contre ce foisonnement artistique. En réalité, un·e artiste n'a presque plus besoin de label pour percer : il ou elle pourrait très bien soigner ses réseaux et sortir sa musique soi-même.
Ce qui est intéressant, en revanche, c'est d'avoir des labels qui créent des communautés ; des communautés physiques, en organisant des soirées et en rassemblant les gens sous une même identité musicale, ou même des communautés d'artistes qui ne se seraient pas croisés sans ce label. C'est exactement ce qu'on fait avec nos deux releases parties : le 11 septembre au Badaboum et le 18 septembre à Lille. On tient à rassembler les artistes qui sont proches de nous et à accueillir le public qui nous suit. Pour moi, les labels ont donc encore leur place, mais ils doivent être des vecteurs culturels et non pas simplement « mettre la musique en ligne ». C'est difficile, mais c'est leur rôle. Et c'est aussi le défi qu'on s'est donné.

Quelle musique souhaitez vous défendre avec ce projet ?
La musique du label est aussi vaste que mon spectre et celui de VBK réunis. C'est-à-dire que ça peut aller d'une new beat lente et dark à de la techno mentale. On a beaucoup discuté pour essayer de trouver notre ADN commun, et je pense que dans tous les cas, il y a cette dimension hypnotique et très brute. Un jour, je faisais défiler des tracks sur Rekordbox en lui demandant : « ça, c'est CRVSH ? » Et elle me répondait « oui, grave ! » ou « non »… et c'est comme ça, au fil de l'écoute, qu'on a fini par sentir clairement où passait la frontière.
Souhaitez-vous faire aussi des releases physiques et si oui, pourquoi ?
Oui, il y aura quelques releases physiques, notamment en vinyle, parce qu'on croit à la puissance de l'objet. VBK est de nature très attachée à avoir des preuves matérielles d'une expérience forte. Ça peut être un ticket d'avion pour un voyage qu'elle a aimé, ou le vinyle d'un groupe qui l'a touchée. On veut offrir aux gens cette option, et leur donner la possibilité de posséder une partie de quelque chose qu'on a fait avec passion. Le digital s’évapore, le vinyle lui reste.
C'est un message fort envoyé à l'industrie de lancer un label par deux femmes, que cela représente à vos yeux ?
Il y a eu beaucoup de femmes ces cinq dernières années à monter leur label en France, des femmes de la nouvelle génération d'artistes : Olympe4000, Belaria, MZA, pour n'en citer que quelques-unes. Mais en réalité, ce qui se cache derrière tout ça, c'est une vraie volonté, en tant que productrices, de montrer notre propre vision, pas seulement musicale, mais aussi visuelle. Peut-être qu'au fond, on veut se libérer de l'ancien système et reprendre le contrôle de notre univers en créant le nôtre, avec nos règles, nos envies, mais surtout créer un système qui respecte nos valeurs artistiques et politiques.
Avec VBK, on avait déjà créé en 2021 le collectif Laisse Tomber Les Filles, qui mettait les personnes FLINTA au centre de la scène. C'est quelque chose qui va nous suivre avec CRVSH, qui sera sans aucun doute un label paritaire.
En tout cas, la parité sera toujours respectée dans le label, c'est quelque chose qu'on a toujours défendu, c’est dans notre ADN. On est ouvertes à tout, et on a hâte d'écouter ce que les producteurs et productrices ont à nous envoyer.
INterview me,ée et rédigée par Maire Espargiliere





