
À l'approche du 8 mars, trois figures de la scène électronique parisienne Sorun, Vickies et Mdbgr prennent la parole sur ce que signifie faire la fête quand on est femme, militante et aux commandes. Entre platines et engagement, elles dessinent les contours d'une nuit qui refuse de choisir entre joie et politique.
Qu'est-ce que ça représente pour toi d'être sur ce line-up en collaboration avec Nous Toutes ?
Vickies : Être sur ce line-up de Nous Toutes, c’est une continuité dans mon engagement. J’ai créé un collectif (Vénus Club) pour défendre plus d’inclusivité dans l’industrie musicale & je suis engagée contre les violences faites au femmes ; jouer dans ce contexte, c’est aligner mes convictions & ma pratique.
Le club est censé être un espace de liberté. Mais cette liberté n’est jamais neutre : elle se construit, elle se défend, elle se rend accessible. Être derrière les platines, c’est affirmer que les femmes ne sont pas à la marge de ces espaces. Nous les façonnons à notre image, nous les dirigeons, nous en prenons le son.
Créer un dancefloor où les corps peuvent exister sans peur, où les cultures dialoguent, où les influences électroniques circulent sans hiérarchie, c’est déjà un geste politique. La fête est un espace de résistance autant qu’un espace de joie. Elle l’a toujours été; & elle le reste.
Quelles sont les valeurs que tu défends entre la fête et le féminisme ?
Mdbgr : Pour moi, la fête ne peut être réellement libre que si elle est sûre, inclusive et consciente des rapports de domination qui la traversent. Le féminisme a été l’un de mes premiers pas vers une conscience politique : il m’a permis de voir ces systèmes et de comprendre que la programmation, la sécurité, la rémunération ou les prises de parole ne sont jamais neutres.
Je crois à une fête qui n’est pas un espace d’impunité, mais un espace d’émancipation. Une fête où la joie ne se construit pas sur le silence des victimes, où la solidarité prime sur la compétition.
Notre travail au sein de Réinventer La Nuit consiste à relier ces deux mondes : préserver la puissance collective tout en y injectant des outils concrets et des espaces d’échange pour les professionnel.les des milieu festifs.
Une fête plus juste est une fête plus libre. Une scène plus responsable est une scène plus durable. Un espace où les violences sont prises au sérieux est un espace où l’on peut réellement lâcher prise. Transformer la nuit, c’est lui permettre d’être safe, de rester un espace d’émancipation et de liberté.
Pourquoi est-ce important d’avoir des femmes programmatrices sur la scène électronique ?
Sorun : La programmation est un lieu de pouvoir. Elle ne décide pas seulement qui joue, mais quelles trajectoires sont légitimes, quels comportements sont tolérés et quelles valeurs structurent la scène. Si l’on diversifie les personnes aux commandes, cela permettra une plus grande attention et davantage de lucidité.
Les personnes qui ont fait l’expérience de discriminations développent souvent une attention particulière aux dynamiques de pouvoir, aux signaux faibles, aux comportements problématiques que d’autres peuvent minimiser ou ne pas percevoir. Nos vécus façonnent notre regard.
Si l’on veut réduire les angles morts, il faut intégrer davantage de femmes et de minorités de genre dans les postes de décision et former les équipes. Cela permettra d’intégrer d’autres grilles de lecture, d’autres exigences et de créer des cadres plus responsables et plus sûrs pour toustes.
Si l’on veut transformer durablement la culture de la scène électronique, il faut transformer celles et ceux qui en définissent les règles.
Toutes les informations sont à retrouver sur leur pages instagram et sur la billeterie Shotgun.









